Bordeaux - Burdigala - Burdegala

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Origines de l'Aquitaine

C'est pour que vous n'ignoriez pas le passé de Bordeaux, sous vos rois et sous vos pères, que nous avons écrit cette histoire, où se trouvent des noms dont le souvenir ne se perdra jamais. Mettez à profit le résultat de nos recherches, et que le fruit de nos veilles réponde à l'empressement que vous montrez pour l'étude des annales de votre patrie - L'abbé PATRICE-JOHN O'REILLY 1857

Les fastes de Bordeaux commencent dans les ténèbres : la fable a servi longtemps de préambule à son histoire ; pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire ce qu'on trouve dans le Livre des Bouillons, aux archives de l'Hôtel-de-Ville, sur le compte de Cenebrun, de Lesparre, et la belle princesse de Babylone.

En remontant le cours du temps, en fouillant dans les siècles les plus reculés de notre histoire pour découvrir l'origine de notre cité, on rencontre de nombreuses et graves difficultés : mille opinions divergentes se heurtent... mille lacunes se présentent, et chez nos chroniqueurs, l'amour du merveilleux l'emporte en général sur la vérité. Quelques écrivains font remonter la fondation de Bordeaux au temps de Jules César ; c'était trop modeste pour l'orgueil de quelques autres, dont les uns la retracent jusqu'au temps de Tarquin l'Ancien, et les autres, plus hardis encore, jusqu'aux siècles avant l'ère chrétienne. Honteux, pour ainsi dire, de la jeunesse de leur patrie, ou d'une origine moderne, ces écrivains flattent leur ridicule vanité aux dépens de la vérité ; ils cachent leur berceau dans les obscures profondeurs de la plus haute antiquité, et croient se donner du relief et une grande importance en cherchant leurs pères dans la nuit des temps. Au lieu de choses probables, ils nous donnent des récits plausibles ou douteux ; à la place de la certitude, ils ne nous offrent que des conjectures, et suppléent à l'absence ou à l'insuffisance de documents importants et authentiques par les ressources incertaines et trompeuses des plus vagues hypothèses.

L'histoire est plus exigeante ; elle veut le positif et la vérité : témoin des temps passés, elle instruit et dirige le présent, et éclaire de son flambeau le cours des siècles à venir ; elle limite le champ de l'induction; et tout en fouillant avec une entière liberté dans les institutions, les moeurs et les traditions des périodes éloignées de nous, elle doute avec discernement, se méfie des conjectures d'une inquiète et ignorante curiosité, et s'avance à travers les siècles avec une discrète et louable circonspection ; elle interroge les langues, dévoile les mythes populaires et faitparler les monuments ; elle étudie les ruines qui jonchent le sol de la patrie, pour exhumer de sa vieille tombe son antique et véritable origine, enveloppée de siècles et de ténèbres, comme une momie des bords du Nil.

La Gaule primitive (Galtéach, pays des Gaëls), se divisait, du temps des Romains, en quatre : la Belgique, la Celtique, la Province-Romaine et l'Aquitaine. Les Belges habitaient le nord, les Celtes occupaient le milieu ; la Province-Romaine, située entre la Méditerranée et les Vosges, était bornée, à l'est, par les Alpes ; au nord, par le Rhône, et s'arrêtait, à l'ouest, au bassin de l'Ariége. Au midi se trouvait l'Aquitaine, bornée par l'Océan, la Garonne et les Pyrénées, triangle immense qui renfermait vingt cités ou peuples différents, et qui, dans la géographie moderne, se subdivise en huit départements, et dont Bordeaux était autrefois la capitale.

L'Aquitaine fut divisée en trois provinces : la première Aquitaine, la seconde et la troisième. Selon l'Itinéraire d'Anlonin et la Notice de l'Empire, la première Aquitaine comprenait huit cités ou peuples différents: Bourges en était la métropole ; la seconde Aquitaine, dont Bordeaux était la capitale, comprenait le Bordelais, la Saintonge et l'Aunis, le Poitou, le Périgord et l'Agenais ; la troisième Aquitaine, mieux connue sous le nom de Novempopulanie, parce qu'elle était composée de neuf peuplades, sous Constantin, comprenait toute la Gascogne, depuis Langon jusqu'aux Pyrénées, et depuis l'Océan jusqu'à la Garonne. Eause en fut d'abord la métropole ; mais après l'incendie et la destruction de cette ville, Auch en devint le chef-lieu.

La philologie prétend en trouver la source véritable dans la langue des premiers habitants de ce pays, qui, antérieurement à l'invasion romaine, s'appelait Achi-Tania, deux mots de l'ancienne langue ibère ou cantabre, qui signifient un pays de monts, de rochers, sol brisé, et qui caractérisent assez exactement les montagnes de granit et de marbre, ainsi que les innombrables accidents du sol aquitanique.

César, dans ses Commentaires, a conservé ces mots significatifs de la nature du sol, et en a fait Aquitania, qui, depuis la conquête, désigne tout le pays alors occupé par les Ibères, dont les moeurs, la langue, les usages civils et religieux, étaient les mêmes que ceux des Ibères transpyrénéens.

Quelques écrivains prétendent que la province fut appelée Aquitania, à cause de ses nombreuses sources minérales, des fleuves et rivières qui la sillonnent ; ils font dériver ce nom 'aqua, eau, et de tania, contrée, mot grec que les Romains employaient souvent dans leurs dénominations géographiques (Britannia, pays des Bretons; Mauritania, pays des Maures; Aquitania, Lusitania, etc.,etc.). Cette étymologie paraît très-naturelle, et se justifie par les accidents du terrain et les circonstances topographiques auxquelles elle fait allusion; elle a été généralement. le mot Aquitani n'est que la corruption du mot primitif Auxitani, qu'ils font venir de ausk ou eausk , racine d'eausculdnac, basque ; mais qui, orthographié et prononcé à la façon de Rome, a pris une autre forme plus douce et plus harmonieuse. Ils disent que les Aquitains primitifs appartenaient à la race ibérienne ou Auskcualdunac, peuples qui habitaient le nord de la Péninsule hispanique, et qui, en venant s'établir sur le versant septentrional des Pyrénées et dans nos plaines, y apportèrent avec eux le nom générique, la langue et les moeurs des Ausculdunac transpyrénéens. Ces émigrants ibères pénétrèrent au centre de la province et y fondèrent une ville que, dans leur langage, ils appelèrent Climberris ou ville claire (Auch). Détruite et rebâtie plus tard, elle prit le nom de Illiberris, ville neuve ; mais les habitants de la ville et du pays conservèrent toujours leur nom primitif, Ausks ou Ausci, dont les Romains ont fait plus tard Ausetani Auxitani, et qui, par une transformation facile dans la langue harmonieuse de Rome, a fini par garder la forme moderne Aquitani que César lui donna le premier.

Les premiers habitants de l'Aquitaine eurent une origine ibérienne; leur langage, qu'on parle encore dans le Pays-Basque, en deçà de la Bidassoa, malgré l'action d'assimilation des siècles et l'influence de la civilisation française, leurs moeurs, leurs habitudes domestiques, leurs usages sociaux et leur caractère guerrier, ressemblent plutôt à ceux des Cantabres ou Basques, qu'à ceux des Gaëls ou Gaulois, dont ils n'étaient cependant séparés que par la Garonne. « Les Aquitains, dit Strabon, diffèrent des autres Gaulois, et ressemblent plus aux Espagnols qu'aux Celtes, non seulement par leur langage, mais par leur constitution physique. »

Les Aquitains, comme les Ibères transpyrénéens, étaient d'une taille moyenne, d'un caractère réfléchi, d'un tempérament inflammable, quoique froid en apparence ; ils recherchaient peu les dangers et les combats ; mais, quand l'occasion s'en présentait, ils y paraissaient indomptables et ne cédaient jamais. Les Gaulois étaient prompts, audacieux, intrépides, et même téméraires ; ils s'élançaient avec impétuosité contre l'ennemi, s'enflammaient du succès, mais se décourageaient dans leurs revers.

D'après les traditions des Druides, une partie de la population était aborigène ; l'autre étrangère, venue des îles lointaines, fuyait devant les désastres de la guerre ou les flots de la mer. On en a conclu que celle-ci était d'origine phénicienne, parce qu'on trouvait des Phéniciens sur toutes les mers et dans toutes les parties du monde connu, par suite de leurs relations commerciales avec les peuples étrangers.

On affirme en outre, à l'appui de cette opinion, que les Dieux des Phéniciens étaient adorés, dans la Gaule celtique et en Aquitaine, par les Bituriges-Vivisques. Le Dieu Belus (le soleil) des Assyriens était le dieu Elga-Bal des Phéniciens, le Malak-Belus des Palmyriens, l'Apollon des Romains, le Belen ou Abellio des Aquitains, à qui les Boïens et les émigrants bituriges érigèrent un temple sur les frontières de leurs territoires respectifs, dans un endroit qui garde encore le nom de ce Dieu tutélaire,. et dont les habitants sont cités dans les écrivains de Rome, sous le nom de Belendi, habitants de Belin, adorateurs du dieu Bel.

Certains, prétendent que Burdigala fut fondée par les Phéniciens, qui, étendant leurs spéculations commerciales en Espagne et sur les côtes de la mer Tarbellienne (golfe de Gascogne), vinrent apprendre aux indigènes les secrets de leur industrie,et leur apporter, avec leur commerce, les bienfaits d'une civilisation avancée. « La Garonne, dit un écrivain de nos jours, se courbait en arc au pied du Burg, qui reçut des Phéniciens, à cause de son admirable situation, le nom de Burg di Kal, la ville du port. »

Origines et histoire de Bordeaux

A l'origine, c'étaient les Bituriges-Vivisques, les Boii ou,Boïens, les Lingones et les Cubi, colonies celtes établies du temps de César sur les bords de l'Océan et de la Garonne. Les historiens, en général, reconnaissent que les Bituriges celtes s'étaient établis sur la rive aquitanique de la Garonne ; mais ils ne s'accordent pas sur l'époque de leur émigration. Saint Isidore, dans ses Etymologies, les dit sortis du pays de Bourges (le Berry). Alteserre l'affirme comme une vérité incontestable. Don Devienne n'en doute pas, et Ausone nous apprend que les Bordelais étaient descendus des Bituriges-Vivisques, et que ses parents appartenaient à cet ancien peuple.

Les principales peuplades de l'Aquitaine étaient les Boïens, établis sur les bords du bassin d'Arcachon, les Médulles dans le Médoc, les Vasates dans le Bazadais, les Tarbelliens dans le pays de Dax, les Ausk, Euskes ou Basques au pied des Pyrénées, les Bituriges-Vivisques sur les rives de la Garonne. La cité ou ville principale des Boïens était sur le chemin qui conduit de Bordeaux en Espagne. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un bourg nommé « la Teste », situé au bord du bassin d'Arcachon. Il s'appelle aussi « cap de Buch », en Latin, « Caput Boiorum ».

En cette époque (587 ans avant Jésus-Christ), Ambigat, qui régnait sur les Celtes, du temps de Tarquin l'Ancien, voyant que les Gaules étaient surchargées d'habitants, en fit sortir trois cent mille pour chercher des établissements dans les contrées voisines et mit à leur tête ses neveux Sigovèse et Bellovèse.

Cette émigration épuisa le pays des Boïens. Depuis ce temps, il n'en est plus fait mention dans l'histoire des trois Gaules.

Dans la lutte contre César, si les Boïens avaient formé alors un peuple tant soit peu remarquable, ils auraient fourni leur contingent; ils auraient envoyé du secours à leurs compatriotes et défendu la cause commune, et César n'eût pas manqué de parler d'une nation dont les Romains ne pouvaient avoir perdu la mémoire, car ce furent principalement les Boïens qui, sous la conduite de Brennus, assiégèrent le capitole, et il fallut aux Romains plus d'un siècle pour les réduire. C'est une preuve que le canton connu aujourd'hui sous le nom de Bordelais, n'était alors habité que par des pécheurs qui n'avaient pour retraite que des chaumières et des cabanes.

César ne les a pas nommés dans ses Commentaires, quoiqu'il ait parlé des peuples limitrophes des Boyens, tels que les Nitiobriges, les Petrocores et les Santons. Enfin il n'est pas vraisemblable que les Boïens eussent vu tranquillement des étrangers s'emparer de leur pays, s'ils eussent été en assez grand nombre pour le peupler ou le défendre. Le temps précis auquel ces étrangers entrèrent dans le pays des Boïens pour y fonder Bordeaux, ne peut être fixé que par conjecture. Strabon, qui vivait sous Auguste, est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette ville, La Garonne, dit ce géographe, après avoir reçu trois autres rivières, coule entre les Bituriges Jôques et les Saintongeois, qui sont des peuples Gaulois. Mais les Bituriges sont les seuls de ces deux peuples qui vivent sur le territoire des Aquitains comme étrangers et sans payer de tribut. ils ont un port nommé Burdigala, situé dans un marais formé par la Garonne.

César défit en bataille rangée Vercingentorix dans le pays des Bituriges, dont la capitale était Bourges. Ces peuples se déterminèrent à brûler leurs villes plutôt que de les rendre au vainqueur. Ce projet fut arrêté dans une assemblée générale et en un seul jour, suivant le récit de César, vingt villes des Bituriges furent réduites en cendres et leurs malheureux habitants se dispersèrent et prirent la fuite. Il est vraisemblable que quelques-uns pénétrèrent jusques sur les bords de la Garonne qu'ils traversèrent pour y former un établissement, espérant sans doute que les Romains ne viendraient pas les poursuivre dans ce pays inculte, insalubre et sauvage.

Tous les Aquitains devinrent les sujets provinciaux de Rome ; les Gaëls de notre bourg, ou les Burdigaliens, seuls conservèrent les institutions de leur pays natal, et furent exemptés de tout impôt.

La ville de Bordeaux, était alors beaucoup moins élevée qu'elle ne l'est aujourd'hui, en sorte que les fréquents débordements de la Garonne et les ruisseaux qui y coulent, la rendait malsaine et presque inhabitable.
Ce fut là néanmoins qu'ils jetèrent les fondements de ce qui deviendra Bordeaux (Burdegala ou Burdigala). Isidore de Séville dit que Burdegala vient de ce que ses premiers habitants s'appelaient Burgos Gallos (bourg gaulois) : Burdegalim appellatamferuut quad Burgos Gallos primum Colonos habuerit.

A ces étymologies, la dernière qui évoque une origine phénicienne qu'a eu Bordeaux comme Marseille. Burdigala pourrait venir de trois mots phéniciens: Bwar, qui signifie formé en arc, d'y, grand et gal, port, c'est-à-dire, grand port formé en arc.

Burdigala fut, si non fondée mais occupée par les Bituriges (Vivisques) mot issu du vieux mot latin vivisco, qui signifie « naître », peuple gaulois issu de la région du Berry, chassés par César lors de la conquête des Gaules et qui voulaient indiquer qu'ils étaient naient de la tribu des Bituriges. Ils contrôlaient, depuis le port intérieur, le trafic de l'étain amené d'Armorique. Le premier emplacement habité est situé à l'embouchure de la Devèze, un affluent de la Garonne, proche de la Gironde.
La naissance de Bordeaux n'est pas liée aux qualités du site, car, ville d'embouchure située sur une avancée du plateau landais, elle est longtemps cernée de marais pestilentiels. C'est précisément ce sens de « marais boueux » que conserve encore de nos jours une rivière appelée « Eau Bourde » passant au sud de la ville et Charlemagne en parle dans ses chroniques bourdelaise, lors de son passage en 778.

Tranquilles et heureux au milieu de leurs marais, que l'industrie devait plus tard changer en plaines fertiles et délicieuses, les Bituriges multiplièrent leurs relations commerciales avec plusieurs peuples voisins, les Boïens ou Bouges, habitants du pays de Buch, et avec Noviomag, ville nouvelle, que les Medulchi, habitants du Médoc, avaient bâtie sur la côte de l'Océan. Actifs et intelligents, ils se créèrent une nouvelle patrie ; et développant avec adresse et succès les nombreuses ressources de bien-être et de prospérité que le sol et leur position maritime leur fournissaient, ils agrandirent et embellirent ce bourg, dont leurs descendants devaient un jour faire l'une des plus belles villes de France. Leurs occupations habituelles étaient la pêche, la chasse, l'agriculture, le soin des troupeaux et un commerce assez restreint avec les peuplades voisines. La guerre était contraire à leurs goûts ; elle avait été nuisible à leurs intérêts ; elle leur avait enlevé leur patrie, et ne convenait ni à la faiblesse d'une colonie naissante, ni aux paisibles travaux de ces étrangers inoffensifs, qui, n'épousant point les querelles des partis, finirent par gagner l'estime de tous et l'amitié des maîtres du monde.

Leurs moeurs, leurs usages et leur religion, étaient les mêmes que ceux des Gaulois, leurs ancêtres. Frugal et simple dans ses désirs, le Biturige n'avait d'abord d'autre nourriture que des glands, du millet, les produits de la pêche et les fruits de ses vergers. Ses plaisirs se bornaient le plus souvent à la chasse, et les vastes forêts du Bouscat, d'Ornon, et les collines boisées du Cypressat et de Lormont, fournissaient des aliments inépuisables à cette occupation inoffensive.

La culture du blé, que les Ibères avaient apprise des Grecs de la côte méditerranéenne,fut bientôt introduite en Aquitaine ; le vin y était rare, et on ne s'en servait que dans les occasions solennelles, dans les fêtes populaires et domestiques. Comme à Arvaricum (Bourges), leur mère-patrie, les Druides étaient à la fois leurs prêtres, leurs médecins, leurs poètes et leurs magistrats; ils composaient trois classes d'individus: les Bardes, les Eubates et les Druides, tous liés entre eux par une communauté d'idées, de devoirs sacrés et d'intérêts de caste ; tous concourant au même but, la conduite civile et religieuse, l'instruction et la moralisation des peuples. Les Bardes chantaient les exploits des héros, charmaient les loisirs des généraux, animaient au combat les soldats sur le champ de bataille, solemnisaient les victoires de l'armée et les fêtes dela patrie; ils étaient revêtus d'un caractère sacré, et excellaient, dit Lucain, dans les poésies lyriques qu'ils composaient pour les fêtes nationales. Les Eubates, Ovates les Ovydds des Gaëls étaient physiciens, médecins et devins: c'étaient les Vates de Rome ; ils étaient chargés du matériel du culte, dirigeaient les cérémonies religieuses, servaient d'intermédiaire entre le peuple et les Druides. Au-dessus d'eux, dans une hiérarchie régulière, se trouvaient les Druides, solitaires obligés, vénérables et tout-puissants sur la foule ; ils sacrifiaient des taureaux, des passereaux, du pain et du vin au pied d'un antique chêne, dispensaient la justice comme juges souverains, interprétaient les lois divines et humaines, intervenaient dans les litiges des particuliers et dans les querelles internationales, calmaient les peuples ou les précipitaient dans la guerre. A toutes ces fonctions importantes, ils joignaient celle de l'enseignement ; c'était à eux que les familles riches confiaient l'éducation, de leurs enfants ; ils les instruisaient dans les principes de leur croyance, dans la philosophie, l'astronomie, la politique, la poésie, la médecine, les autres branches des connaissances humaines, si peu développées dans ces siècles. Leur doctrine tendait à rendre l'homme juste, vaillant et patriote ; ils enseignaient la spiritualité de l'âme, son immortalité, des récompenses ou des peines futures ; leurs sages étaient toujours vénérés et reconnus supérieurs aux philosophes des autres peuples. Pythagore étudia chez les Druides, et c'est chez eux et non chez Phérecyde, à Scyros, qu'il puisa la meilleure partie de sa morale. Leurs doctrines sur Dieu, ses attributs, les principes moraux et les devoirs des hommes envers la Divinité, et sur la société, étaient plus pures que celles de tout autre peuple du monde, à l'exception des Juifs, dépositaires de la révélation primitive ; mais elles s'altérèrent plus tard au contact des doctrines de Rome païenne, et la superstition s'y glissa avec toutes les absurdités des cultes idolâtres.

Epoque romaine

Auguste, étant venu à Narbonne, fit une nouvelle division des Gaules et renferma dans l'Aquitaine quatorze peuples celtiques, entre lesquels les Bordelais se trouvèrent.

L'Aquitaine ayant été subdivisée dans le troisième siècle, Bordeaux fut établi comme métropole des cités d'Agen , de Saintes, de Périgueux, de Poitiers et d'Angouléme, et l'on y fixa la résidence du gouverneur ou président de l'Aquitaine. Pour la rendre digne de sa destination , on rasa l'ancienne ville qui n'était qu'un amas informe et confus de chaumières, et l'on en construisit une nouvelle : on ne lui donna pas une grande étendue , mais on la rendit régulière et capable de se défendre.

La ville de Bordeaux était à peine sortie des mains de ses fondateurs, qu'elle tomba au pouvoir des Romains, sous le commandement de Crassus. La facilité avec laquelle ses habitants reçurent la loi du vainqueur, engagea Rome à la traiter avec tant de douceur, que ses habitants ne s'aperçurent qu'à peine du changement de leur état, et que Pline et Strabon ne font aucune difficulté pour dire qu'ils continuèrent d'être libres.

Auguste prévoyait la future grandeur de Burdigala: la position de cette ville, sur les rives de l'un des plus beaux fleuves des Gaules, dans un pays fertile, habité par une population active et intelligente, le confirmait dans ses prévisions, qu'il désirait réaliser. Il y ordonna de nouvelles constructions, fit réparer le port, et érigea des temples en l'honneur des dieux de Rome.

De cette époque, date la fondation de Blaye, Blavia militaris, dit Ausone, ainsi appelée de sa position comme station militaire, sur une route stratégique, Castrum (Belli-Vioe), dont on a fait Blavia au IVe siècle, et, du temps de la féodalité, Blaye. C'est par une semblable raison que l'ancien Argentoratum a été appelé Strasbourg (Strata-burg) le bourg du grand chemin de la Gaule en Germanie.

C'est alors, ou du temps de Messala, que furent aussi fondés Castres (Castrum ou camp romain), et Condate fort important, bâti près du confluent de l'île de la Dordogne. Pour hâter le développement de la prospérité de Burdigala, Auguste la déclara exempte de tributs ; c'était la récompense de la fidélité des habitants et de leur neutralité dans la guerre d'invasion ; c'était aussi un moyen politique de concilier aux Romains l'amour et la reconnaissance du peuple. Mais les besoins de l'empire s'accroissaient: Tibère arriva au pouvoir, et avec lui de nouvelles charges fiscales, outre les anciennes taxes.

Des murs épais et fort élevés, des tours plus élevées encore, un port sûr, d'une étendue immense, le « bassin navigera », qui perçait dans l'intérieur de la ville, situé dans l'emplacement de l'actuel quartier de Saint Pierre, une multitude de vaisseaux que le commerce de ses vins y attirait et qui s'y rassemblaient de toutes les parties du monde, des rues bien percées, des bâtiments uniformes, des portes placées à égale distance, de belles places, au debors des édifices superbes, un cirque, des thermes publics, des temples, des routes magnifiques, en un mot, tout ce que les Romains avaient pu imaginer pour décorer les plus belles villes, se trouvait dans Bordeaux.

Le coup d'œil que formait la réunion de toutes ces beautés était frappant. Aucune ville dans les Gaules n'en offrait un semblable. Bordeaux était dès lors l'objet de l'étonnement des étrangers. L'accueil favorable qu'ils y recevaient, des mœurs douces, un climat tempéré, une denrée précieuse, aussi agréable que nécessaire, qu'ils y trouvaient en abondance, achevaient de les séduire, leur faisaient quitter avec regret un si charmant séjour et ne leur permettaient pas d'en parler avec indifférence à leurs compatriotes.

En 28 av. J.-C. la ville est l'une des quatorze cités de l'Aquitaine Seconde.

En 48, elle acquiert le statut prestigieux de municipe de droit latin. Burdigala se développe et finit par devenir une des villes les plus opulentes de la Gaule.

En 56 av. J.C. est accueilli à Burdigala le lieutenant de César, Publius Crassus et, en 52 av. J.-C., et le premier urbanisme romain. Le cardo et le décumanus (aujourd'hui rue Sainte-Catherine et le cours de l'Intendance) sont tracés et l'on construisit des aqueducs, des temples, un amphithéâtre et une curie. Bordeaux est à l'époque un emporium, c'est-à-dire un comptoir de commerce, contrôlant les routes de l'étain et du plomb entre les ports gaulois de la Loire et la République romaine. Elle est érigée en civitas administrée par une jurade (un collège de magistrats).

Entre 40 et 60 sont implantés sur les coteaux nord de la rive gauche les premiers plants de vigne à l'origine du vignoble bordelais.

En 70, elle est déclarée par l'empereur Vespasien capitale administrative de la province romaine d’Aquitaine qu'elle ravit à Mediolanum Santonum (Saintes). La ville est particulièrement prospère sous la dynastie des Sévères (193-235), elle englobe alors le mont Judaïque, actuel quartier Saint-Seurin. De cet âge d'or datent des monuments illustres dont le forum (Piliers de Tutelle) et le Palais Gallien (amphithéâtre pouvant contenir 15 000 personnes sur ses gradins en bois).

Les beaux-arts fleurissent avec le plus grand éclat à Bordeaux dans le quatrième siècle. Il existait alors dans cette ville un collège tellement renommé, que Rome et Constantinople viennent y chercher des professeurs. Le poëte Ausone a célébré ceux qui s'illustrèrent dans ce collège dont il a été lui-même un des principaux ornements. Minervius, le plus célèbre des rhéteurs (de rhétorique) bordelais du IVe siècle, ne forma pas moins de mille avocats, de deux mille sénateurs. Bordeaux eut avec Ausone, Alcimus, Patéra et Minervius la gloire que Montesquieu et les Girondins lui donneront au XVIIIe siècle.
Ausone fut choisi par l'empereur Valentinien Ier pour lui confier l'éducation de son fils Gratien; ce dernier étant parvenu à l'empire le décore du titre de consul romain en 379.
La ville continue à briller pendant près d'un siècle, grâce au commerce du suif, de la cire, de poix et du papyrus.

Sous Honorius, les Romains ayant été forcés d'abandonner les Gaules, la gloire de Bordeaux s'éclipsa avec eux, et cette ville eut bien des malheurs à essuyer: d'abord elle fut saccagée par les Visigoths (an 414). Ils revinrent quelques années plus tard (an 418), en hôtes et en amis. L'empereur Honorius leur concéda, à titre définitif, l'occupation de Toulouse, de la province de Novempopulanie, au nord des Pyrénées, et de la province de Seconde Aquitaine, dont Bordeaux était la métropole.

Ausone parle des rues de Bordeaux, qui se croisaient, de l'alignement des maisons, de la grandeur des places publiques, ayant des noms particuliers, et du fleuve au milieu de la ville, alimenté par une fontaine qui, quand l'Océan y faisait refluer la marée, ressemblait à une mer couverte de bâtiments.

On avait donné à Bordeaux la forme d'un carré-long. Au midi, un mur, commençant au lieu où, plus tard, ont été bâtis les cloîtres de Saint-André, allait, en ligne directe, aboutir derrière le Palais de l'Ombrière Restitution du palais de l’Ombrière dans « Bordeaux au temps des cathédrales »
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© Crédits et Aquarelle de Jean-Claude Golvin pour L’Express - 2012
, au mur du levant, qui s'étendait de ce point jusqu'au fond de l'impasse Douhet, près de la Bourse. De là, un autre mur, borné à l'extérieur par les fossés du Chapeau-Rouge et de l'Intendance, allait finir à la Tour du Canon, où commençait le mur du couchant, qui, aboutissant derrière l'église de Saint-André, au mur du midi, complétait la forme quadrilatère de la nouvelle ville galloromaine ; c'était un parallélogramme-rectangle, de sept cent vingt mètres à peu près, sur quatre cent cinquante. Les rues, bien percées, correspondaient exactementles unes aux autres, et se coupaient aux angles droits. On avait ménagé des places au devant des portes, qui étaient au nombre de quatorze, savoir: quatre sur le mur du midi et autant sur celui du nord; trois sur celui du levant et trois sur celui du couchant.

La première porte du mur méridional était dans la petite place de Saint-André, près d'une fontaine ou réservoir ; elle correspondait avec une autre porte sur la ligne du nord, qui donnait sur le Campaure, ou cimetière gallo-romain. La seconde, dite la Porte-Basse, a été entièrement détruite en 1803 ; elle était en ligne directe avec une autre porte par laquelle on allait, en traversant une partie du Campaure, jusqu'au Palais-Gallien. La troisième porte du mur du midi, la porte des Trois-Maries, correspondait en ligne directe avec la Porte-Médoc, par où l'on allait chez les Médules (Médoc), en passant près du temple du dieu tutélaire de la ville, les Piliers de Tutelle. La quatrième porte, dite Porte-Vigerie, Vegeire, et plus tard Begueyre, à laquelle aboutissait la route de Barsac et de Langon, se trouvait dans la rue du Mû, près de la rue des Épiciers. De cette porte, une route conduisait au temple de Vernemetis, sur les ruines duquel on présume que le monastère de Sainte-Croix fut bâti plus tard.

Sur le côté oriental de la première enceinte, il y avait trois portes. Vinet prétend, à tort et sans aucune preuve, qu'il y en avait cinq. La première de ces portes était près de la Tour de Gassies, dit un auteur ; on y voyait encore, dans le dernier siècle, un arceau solitaire. Cette tour, avant le XIVe siècle , s'appelait la Tour de Saint-Aubin ; d'après une ancienne liève de 1356, elle appartenait à Jean et Pierre Garcies frères ; de là vient son nom de Tour de Gassies. La seconde était entre la rue Saint-Pierre et celle des Argentiers, à l'embouchure de la Devèze, ruisseau qui traversait la ville et tombait dans la rue Sainte-Catherine, dans un canal qui servait de port et qui avait pour largeur les rues de la Devise, du Parlement et du Cancera. Cette entrée s'appelait Navigera, parce que c'est par elle que les galères romaines et gauloises arrivaient au centre de la ville (1).

(1) Les vaisseaux entraient en ville par la Porte-Navigère. Le port spacieux dont parle Ausone, embrassait la largeur des rues de la Devise, du Parlement et du Cancera, et s'étendait en longueur jusqu'à la rue Sainte-Catherine, où elle recevait les eaux de la Devèze, et les différentes branches ou canaux de la fontaine Divona.

On dit que les Romains y avaient construit un temple en l'honneur de Jupiter, et que de la vient le nom de rue de Jeaux (rua Jovis). Cette assertion est sans preuve. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans un ancien titre de 1077, cette colline est appelée Mont-Judaic, parce que c'était alors la résidence des juifs. Ils y avaient même un cimetière en dehors de cette porte. Dans un titre de 1406, cette porte est appelée Porta-Judaica. Le mot jovis signifie juifs ; les Anglais disaient donc la rue des Jews, dont on a fait rue de Jeaux.

Ausone nous assure que les portes étaient situées vis-à-vis les unes des autres, la porte correspondante à celle des Trois-Maries a dû être à l'extrémité septentrionalede la rue Sainte-Catherine ; elle a été détruite et remplacée par la Porte-Médoc, qu'on fit, un peu plus loin et plus tard, dans le mur d'un petit accroissement, ou nouvelle enceinte de la ville. Une porte, dans la place Saint-Remi, répond assez à la rue Pas-Saint-Georges où était située la Porte-Begueyre. La Porte-Basse dut avoir, en ligne directe, une porte correspondante, près de l'Intendance; elle était à côté de la chapelle de l'hôtel de l'Intendant, au nord. N'ayant rien de bien positif sur les lieux où étaient les autres portes, nous nous bornerons aux indications générales données par Ausone. Beaurein entre, à cet égard, dans beaucoup de détails; mais ce ne sont que des conjectures.

Sur le mur du midi, il y avait cinq grosses tours, et autant sur celui du nord ; il n'yen avait que quatre sur le mur du levant, et autant sur celui du couchant. Ausone, par une licence que son patriotisme fait pardonner, dit que leur hauteur était telle, qu'elles perçaient les nues. Les fondements de ces tours avaient, selon Vinet et quelques autres, près de cinq mètres de largeur ; elles étaient construites de pierres de taille d'une épaisseur et d'une longueur prodigieuses. Dans la partie supérieure, la façade était faite de petites pierres carrées, et entrecoupée, d'espace en espace, par des couches de briques qui s'étendaient sur toute la longueur des murailles; c'était une construction purement romaine (identique aux murs du Palais Gallien).

En parcourant les environs de Bordeaux, on ne se douterait pas qu'il y eût, du temps des Romains, des marais étendus au nord et au couchant de la ville. Au midi, tout le long de la Garonne, s'étendait un autre marais ; on y a construit des maisons; des rues pénètrent partout dans ce quartier autrefois malsain, et quoique incorporé aujourd'hui dans la ville, il lui est resté le nom de Paludate (paludes), qui rappelle son état primitif. Au delà de la Garonne, était une vaste forêt de cyprès, qui couvrait comme un voile les délicieuses hauteurs de Cenon La Bastide ; c'était le Cypressât du moyen-âge, si admiré par les étrangers , si respecté par les indigènes ; ses retraites silencieuses étaient fréquentées, aux premiers siècles de l'ère chrétienne, par nos pieux cénobites, qui retrouvaient là la paix que le monde leur refusait.

Les magnifiques cyprès qui tapissaient les flancs du Cypressat étaient alors si rares dans le nord, que tous les capitaines qui quittaient le port de Bordeaux pour les régions septentrionales, emportaient des branches de cyprès, dont ils pavoisaient leurs mâts ; c'était pour eux et leur patrie, non seulement une curiosité, mais aussi un souvenir du beau pays bordelais. Au nord du Cypressat, se trouvent de charmantes collines couvertes alors de nombreux lauriers, qui leur ont fait donner le nom de Lormont (Laureus mons), qu'elles gardent encore. Le Cypressat a perdu ses beaux arbres d'origine orientale; son nom s'éteint peu à peu, et ne se retrouvera plus bientôt que dans l'histoire.

La Garonne baigne les murs du côté du levant ; elle sépare la ville de ces scènes agrestes et pittoresques qui l'encadrent d'une part et, se courbant en arc-en-ciel, forme ce magnifique port, que, dans tout le moyen-âge, on appelait le Port de la Lune, à cause du croissant qu'il représente.

Aucun autre port au monde ne saurait l'emporter sur Bordeaux, par la beauté de sa forme et sa situation enchanteresse ; Goa et Constantinople peuvent seules élever des prétentions rivales. Sur la rive droite s'élève aujourd'hui une ville nouvelle, La Bastide ; il y a cinquante ans, on n'y voyait que quelques masures. Aujourd'hui, c'est une petite ville de près de six mille habitants, qui s'étend tous les jours de plus en plus ; on y voit la gare du Chemin de fer de Paris à Bordeaux, construite en 1852 ; c'est une des plus belles qu'il y ait en France.

La ville est victime de la révolte de l'empereur des Gaules, Tétricus (271-273/274).

Durement frappée par l'invasion des Germains de 276 (la ville est pillée et incendiée), la ville édifiée (selon le tracé actuel des cours d'Alsace-Lorraine, de la rue des Remparts et des cours du Chapeau Rouge et de l'Intendance) un castrum est construit vers 286. Il s'agit d'une enceinte de 740 mètres sur 480 mètres dont les murs ont une hauteur de 10 mètres et une largeur de 5 mètres. On reconstruit également le port intérieur dans lequel s'écoule la Devèze par 26 bouches de bronze (ce castrum ne représente plus que le quart de l'ancienne ville). Plan de Burdigala - an 260 après J.C

Le faible Tétricus songea aux moyens de se maintenir dans sa nouvelle dignité ; il s'appuya sur des amis dévoués, et s'efforçant d'imprimer une nouvelle direction à l'opinion si mobile du peuple, il marcha contre les Barbares, qui ravageaient l'Empire, et remporta sur eux plusieurs victoires. Le peuple, distrait par le bruit des armes, ne songeait plus aux affaires politiques de l'intérieur, et enivré des triomphes de l'armée, se courba sous le nouveau joug, non moins pesant que l'ancien. Tétricus jouit paisiblement, et avec quelque gloire, de sa puissance usurpée, pendant les règnes de Claude et de Quintilius ; il étendit son pouvoir sur les Gaules, l'Espagne et l'Angleterre, et se crut assez affermi pour défier toutes les forces réunies de Rome.

Craignant cependant, avec raison, le sort de ses devanciers, il ne se fiait pas trop à son armée, dont l'indiscipline ne connaissait pas trop de frein, et semblait rechercher un nouveau prétendant dont les largesses satisferaient sa cupidité. Inquiet sur son avenir, Tétricus songea à abdiquer un pouvoir acquis par la corruption et les intrigues d'une femme vindicative ; il voulait remettre aux Romains un pays qu'un peu d'ambition, des flatteries intéressées et une folle condescendance pour les projets de Victoria avaient soustrait à leur obéissance. Il communiqua confidentiellement ses pensées à Aurélien, par ces paroles du poète romain : Eripe me his, invicte, malis (délivre-moi de ces maux, invincible guerrier).

Aurélien, profitant de cet avis, marcha sur les Gaules, comme pour attaquer Tétricus. Celui-ci, intéressé à agir avec prudence, se prépara au combat avec un empressement affecté, et marcha avec ses troupes à la rencontre des Romains, près de Châlons-sur-Marne. Le choc était terrible; mais au fort de la mêlée, Tétricus passa avec son fils dans les rangs ennemis ; sa défection leur assura la victoire.

Les Gaulois, indignés d'une si lâche trahison, résistèrent encore en héros, et plutôt que de se voir réduits en esclavage par la fuite d'un misérable dont ils s'étaient fait un maître, ils se défendirent avec le courage du désespoir, et se firent tailler en pièces. Malgré cette révoltante lâcheté, Tétricus fut obligé d'aller avec son fils, et en compagnie avec Zénobie, reine de Palmyre, orner le triomphe du vainqueur à Rome.

Pendant tout ce temps, il y eut une longue lutte entre la barbarie et la civilisation ; l'aspect de Bordeaux et du pays en général changea avec les nouveaux maîtres et les nouvelles idées. Le sénat municipal, ou conseil administratif, avait concentré entre les mains des riches tout le pouvoir, à l'exclusion des petits propriétaires. Les Curiales, ou Décurions, avaient des privilèges; ils étaient exempts de la torture et des peines infâmantes; mais ils répondaient solidairement de la perception des impôts.

Du temps de Dioclétien, une armée de collecteurs des taxes publiques parcourait la province de Burdigala et fit naître une haine vivace, une opposition formidable aux exigences de ces étrangers ; les colons et les serfs se révoltèrent sous le nom des

Paul QUENTEL, « RÉVOLTE DES BAGAUDES », Encyclopædia Universalis
URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/revolte-des-bagaudes/


On désigne sous le nom de bagaudes (terme d'origine celtique qui signifie « les combattants ») les paysans gaulois qui se révoltèrent contre les Romains à l'époque de Dioclétien (fin du iiie siècle) et les révoltés de Gaule et d'Espagne dans la première moitié du ve siècle.

Le premier soulèvement, qui avait été précédé d'un certain nombre de troubles, commença en 283 et dura jusqu'en 311. Les révoltés, qui se dressaient contre la pression fiscale, sont souvent traités de voleurs (latrones) par les auteurs latins.

En réalité, leurs bandes, qui se livraient bien entendu au pillage, constituaient de véritables armées animées d'un certain patriotisme. Ils furent battus par Maximien Hercule, et leurs chefs Aelianus et Amandus, qu'ils avaient élus empereurs, furent considérés comme des martyrs et des saints.

À la fin du IVe siècle et au début du Ve, les bagaudes réapparurent un peu partout, habitants de la campagne se révoltant contre les impôts et contre la justice de Rome.

Ils renouvelèrent plusieurs fois leur entreprise contre la conquête du pays.

Les Romains imposaient partout leurs lois aux peuples vaincus ; Bordeaux conserva cependant longtemps ses lois municipales et ses usages. Peu à peu on y introduisit le Code théodosien ; le peuple l'invoquait avec confiance, malgré les efforts des Visigoths pour y établir le code de Théodoric. Charlemagne arriva ensuite et mélangea ses capitulaires avec les lois romaines ; la Guienne a toujours suivi le droit romain, et, dans certaines localités, la coutume.

Au commencement du IVe siècle, Dioclétien crut pouvoir arrêter l'esprit rénovateur du temps, et opposer son sabre à la marche du siècle, au progrès des idées; il ordonna la destruction des églises et la confiscation des biens des chrétiens ; il défendit les pieuses réunions des fidèles, se montra un vrai tyran et un mauvais politique, et employa toute la puissance de son épée, toute la raison de la force, toute la logique de la passion contre la main de Dieu et le règne de la vérité.

Sa cruauté ne servit qu'à manifester sa faiblesse et les impénétrables desseins du ciel ; malgré les cohortes romaines, la foi se propagea avec la vitesse de l'éclair ; la folie de la croix devint la sagesse des nations, et les intrépides et héroïques prédicateurs de la bonne nouvelle mouraient, généreuses et volontaires victimes, pour le salut du monde. Limoges, Agen, Périgueux, furent étonnés du courage des apôtres de la foi ; l'histoire garde le silence sur les martyrs de Bordeaux, mais on croit que le massacre y était impitoyable et général.

Dioclétien signa l'édit du 24 février 303, qui ordonnait la destruction des églises, la confiscation des biens ecclésiastiques, et qui défendait les assemblées des chrétiens ; il se vautrait dans le sang ; c'était son élément. Aucun prince n'en a jamais plus répandu que lui ; mais l'épée n'arrêtait pas les idées. L'heure était sonnée : l'esclave allait être libre. Le monde, asservi aux pieds des idoles et des monstres couronnés, entendit, en tressaillant, l'écho du Calvaire ; la religion sortit des catacombes à la voix de Constantin, et la croix remplaça sur les palais des Césars les aigles romaines. La liberté des cultes fut proclamée ; toute la vieille organisation croula, et, chose étrange, un César conspira enfin, avec un monde opprimé pour la ruine de la société païenne. Les chrétiens furent respectés et remis en possession de leurs droits et de leurs biens.

L'état socialde Bordeaux et de l'Aquitaine s'était amélioré ; mais les espérances, conçues à la fin du IVe siècle ne se réalisaient que lentement. Le mal était grand et général ; la société, s'en allait en lambeaux : Lois sans sanction, magistrats énervés et impuissants, administration languissante, moeurs dépravées, autorité méconnue et même méprisée, confusion dans les différents degrés d'une hiérarchie sans lien, indigence réelle et déplorable à côté d'un luxe effréné et d'une apparente prospérité ; des finances obérées, alimentées par une taxation vexatoire et onéreuse ; le vice coudoyant la vertu et triomphant au nom de dieux plus corrompus que leurs plus infâmes adorateurs ; un culte s'affaissaut sous les attaques de la raison éclairée des adorateurs du vrai Dieu et sous le poids de son absurdité ; le flambeau de la foi qui brille sur ce cahos, comme si, par une seconde création, Dieu venait encore dire au monde: fiat lux, voilà l'Empire romain, voilà l'état de l'Aquitaine au moment de l'arrivée des Vandales, des Alains et des Suèves.

L'arrivée des barbares

La marche de ces barbares était un triomphe continu ; ils s'emparèrent de Narbonne et de Toulouse, ravagèrent et incendièrent Bordeaux, et retardèrent pour longtemps la marche ascensionnelle de sa prospérité et de sa gloire. Ils ne s'arrêtèrent pas à ces premières conquêtes; ils tentèrent de pénétrer en Espagne ; mais repoussés par les lieutenants d'Honorius, ils rentrèrent dans la Novempopulanie, remportèrent une victoire sur les habitants, qui leur opposaient une armée de vingt mille hommes à Saint-Sever, et vinrent, dans l'automne de 413, se fixer à Bordeaux et dans cette partie de l'Aquitaine où un peuple, amolli et épuisé par les exactions despotiques des officiers de Rome, préférait l'étranger avec un changement dans le régime politique, aux charges de la tyrannie romaine, dont il voulait s'affranchir.

Astaulph conduisait ces hordes barbares; il était beau-frère du fameux Alaric, qui avait pris et dévasté Rome en 410. Pendant quelques années, leur domination semblait si solide, si inébranlable , que le faible Honorius, n'osant plus s'opposer à leurs empiétements, et dans la vue de garantir l'Italie d'une invasion semblable, leur abandonna l'Aquitaine, dont ils firent Toulouse la capitale. Bordeaux, jusqu'alors résidence des gouverneurs, perdit, avec son titre de capitale, sa prospérité.

La puissance des Visigoths va s'exercer sur l'Aquitaine jusqu'au baptême de Clovis, le jour de Noël 496.

Bordeaux au moyen âge (476 à 1453)

Quelque temps s'écoula sans troubles ; les Gascons commencèrent à goûter les bienfaits de la paix, et élurent pour duc Eudes, fils de Boggis, dont le père, Charibert, avait épousé Gizèle, fille d'Amandus ; c'était un homme adroit, courageux et habile. Soumis et dissimulé sous Pépin, il profita avec adresse des circonstances fâcheuses où se trouvait le gouvernement.
Un beau jour, il leva le masque, s'empara de Bordeaux et des pays circonvoisins, traversa la Dordogne, précédé de cris de joie et suivi de la victoire, et eut l'air de ne vouloir s'arrêter que sur les bords de la Loire, dernière limite que son ambition proposait à ses succès et à sa domination ; on eût dit qu'il voulait imiter Alaric.

Chilpéric II était alors tout absorbé par les affaires d'Austrasie, et étourdi, en même temps, par les bruyants succès d'Eudes. Le jeune Charles Martel, fils de Pepin et de la belle Alpaïde, marchait toujours en avant contre Eudes ; rien ne semblait pouvoir l'arrêter que la puissance souveraine. Il osa porter ses regards sur la couronne de France, que des rois dégénérés trouvaient trop pesante pour leurs faibles têtes. Placé entre Eudes et Charles, Chilpéric s'adressa au premier : tous les peuples applaudissaient à ses prouesses militaires, toutes les difficultés semblaient s'aplanir devant lui. Courageux et habile, lui seul paraissait devoir contre-balancer le pouvoir de Charles Martel ; Chilpéric lui envoya des ambassadeurs, lui offrit la souveraineté de l'Aquitaine, et demanda en retour le secours de sa vaillante armée contre les envahissements audacieux de Charles.

Eudes se hâta de répondre à l'appel du faible monarque, passa la Loire et alla le rejoindre près de Rhéims. Charles Martel les atteignit plutôt qu'il ne croyait ; ils furent étonnés, découragés, battus avant même de combattre ; ils ne savaient pas vouloir ; ils étaient vaincus avant de tirer l'épée. La trompette sonna, non la charge, mais la fuite, et on eut dit que les princes, en fuyant, rivalisaient de peur, de honte et de lâcheté! Charles les poursuivit et ne s'arrêta qu'à la Loire: il était puissant; il avait les prestiges de la victoire et surtout savait attendre. L'hiver passé, il écrivit à Eudes de lui rendre Chilpéric, qui s'était réfugié avec ses trésors sur son territoire ; qu'à cette condition seule, il pourrait garder l'Aquitaine. Eudes hésita longtemps: l'intérêt le poussait à une trahison, l'honneur le retenait. Son esprit était pour une faiblesse, mais son coeur s'y refusait; enfin, la crainte en fit un lâche ; il livra l'infortuné Chilpéric à leur ennemi commun.

Abd al-Rahmân ibn Abd Allah al-Ghâfiki

(mort en 732) également orthographié « Al-Haytham ibn Ubayd al-Kilabi », et dont le nom est parfois francisé en Abdérame, était un général omeyyade, émir de Cordoue et gouverneur d'Al-Andalus en 721, puis de 731 à sa mort.

Il participa à la conquête musulmane de la péninsule ibérique entre 711 et 714 et à plusieurs expéditions militaires contre les poches de résistance chrétiennes dans les Asturies entre 730 et 731; il réussit à apaiser plusieurs révoltes en Espagne. En 730, il envoya l'un de ses généraux, « Gedhi-Ben Zehan », contre « Munuza », gouverneur musulman du Nord de l'Hispanie résidant à Llivia qui s'opposait à son pouvoir central de Cordoue. D'après certains chroniqueurs Arabes de l'époque, le général Abd-er-Rahman était une personne très aimée par son peuple et ses soldats.

Après l'échec subi par les musulmans devant Toulouse en 721, le wali d'Al-Andalus nomma le général Abd al-Rahman à la tête des troupes berbéro-musulmanes, celui-ci traversa les Pyrénées à la tête de son armée et pénétra en Aquitaine où il infligea au duc Eudes une défaite à la bataille de Bordeaux. Arrêté dans sa chevauchée par les troupes de Charles Martel, le général trouva la mort au cours de la bataille de Poitiers.

Chef des sarrasins d'Espagne, pille Bordeaux et en incendie les principaux édifices.

L'armée bordelaise fut écrasée. Bordeaux fut livré au pillage, le feu consuma les églises et les autres monuments de notre cité ; le riche monastère de Sainte-Croix fut dévasté et brûlé, les habitants massacrés par milliers, et le comte, ou gouverneur de la ville, immolé impitoyablement à la rage de ces forcenés. Rien ne fut respecté par ces ennemis de la civilisation et de la foi chrétienne. « Dieu » seul, dit Isidore de Béja, sait le nombre de ceux qui moururent dans cette journée.
Eudes y perdit les prestiges de plusieurs années de gloire.

Charles Martel, Maire du palais sous le règne du roi mérovingien Thierry IV, Charles Martel fut le réel détenteur du pouvoir politique au VIIIe siècle dans le royaume franc. Considéré comme le fondateur de la lignée des Carolingiens, il est le grand-père de Charlemagne.

À la mort de son père, Charles Martel est emprisonné par sa belle-mère qui craint de le voir exercer la charge de maire du palais à la place de son fils. Après s'être évadé, aux commandes d'une armée, il s'impose à la tête de la mairie. Il entreprend ensuite de pacifier et réunir les différentes parties du royaume franc. En 732, le duc d'Aquitaine Eudes, pourtant adversaire de Charles Martel, demande du soutien au maire du palais pour stopper l'armée musulmane des Omeyyades, venue d'Espagne. L'affrontement a lieu à proximité de Poitiers en octobre 732. À l'issue de la bataille, le duc se soumet à l'autorité de Charles Martel qui annexe son domaine, puis s'attaque aux seigneurs qui s'étaient alliés avec les musulmans.

Charles Martel modifie le royaume, en modernisant l'armée, en créant une cavalerie composée de soldats payés pour se battre et dont les revenus permettaient d'entretenir un équipement onéreux. Ces hommes, qui prêtaient serment, formèrent l'une des premières armées permanentes d'Europe. À la mort de Thierry IV, Charles éloigne la descendance officielle des Mérovingiens et exerça le pouvoir en son nom. Après sa mort en 741, le royaume est divisé entre ses deux fils.

le moment arrive où va se décider le sort de la France et de l'Europe. Les deux armées se rencontrent dans une plaine entre Tours et Poitiers, non loin du lieu où le Dieu de Clotilde avait permis à Clovis de triompher des Visigoths. Le choc est terrible ; les Sarrasins, supérieurs en nombre, se croient sûrs de la victoire ; les Francs, aiguillonnés par le désir de la vengeance, de leur pays et de leur foi, se ruent comme des désespérés sur leurs adversaires. Revêtus de fer, ils résistent, fermes et inébranlables, aux attaques vingt fois renouvelées des musulmans, et finissent par rompre leurs rangs. Eudes survient dans le moment et attaque les derrières, où étaient les femmes, les enfants et les trésors des Arabes; la confusion est à son comble, mais la victoire est encore incertaine. La bataille se prolonge jusqu'aux derniers rayons du jour ; Abdérame voyant la fortune indécise s'avança généreusement au milieu des combattants ; mais au lieu de la victoire, il ne rencontra qu'une illustre mort, la seule gloire qu'il n'eût pas encore obtenue.

Pépin III, dit « le Bref » ,naît de Charles Martel et doit, à la mort de ce dernier, assurer la charge de maire du palais. Il partage toutefois ces fonctions avec son frère aîné, Carloman. Tandis qu'il laisse à ce dernier l'Austrasie et la Thuringe, Pépin le Bref détient la Neustrie, la Bourgogne et la Provence. En 743, le royaume est en proie à de violentes révoltes que les deux frères tentent d'apaiser en rétablissant Childéric III sur le trône. L'année suivante, Pépin le Bref épouse Berthe au Grand Pied. Finalement, Carloman renonce à ses fonctions en 747 et laisse la totalité du pouvoir à son frère. Soutenu par l’Église, ce dernier finit par déposer Childéric III et se fait proclamer roi des Francs au champ de mai de Soissons.

C'est ainsi que s'achève la dynastie mérovingienne. Dès lors, il envoie deux expéditions en Italie pour aider la papauté à vaincre les Lombards et leur roi, Aistolf. Le 28 juillet 754, Pépin le Bref est sacré roi des Francs de la part du pape Etienne II, auquel il donne les terres conquises en Italie. L'alliance entre le royaume franc et l'Eglise est ainsi établie. Par la suite, Pépin le Bref étend ses frontières, parvient à mettre fin à plusieurs rebellions avant de laisser la place à ses fils, Carloman et Charlemagne quelques années plus tard. Pépin le Bref meurt le 25 septembre 768

Pépin le Bref, pourquoi ce nom ? Son surnom, apparaissant tardivement dans l'historiographie, serait dû à sa petite taille. « Bref » signifiait « court » à l'époque.

propose une expédition contre Waiffre (jeune duc d'Aquitaine) dont la valeur lui inspirait des craintes, et les succès, un ardent désir de se défaire d'un redoutable rival. Il était facile, il l'est toujours, de trouver des raisons ou des prétextes pour justifier nos passions ou légitimer nos écarts. Pepin n'en manqua pas: les Leudes et le peuple applaudirent aux belliqueuses dispositions de leur prince ; la guerre fut résolue et déclarée.

Epoque où commença cette funeste guerre, qui coûta tant de malheurs et entraîna à sa suite de si déplorables conséquences à Bordeaux et dans l'Aquitaine ; elle dura jusqu'en 768.
Pépin, franchit la Loire, pénètre dans l'Aquitaine, marche sur le Limousin, avance dans le pays situé entre la Dordogne et la Garonne, réduit Bordeaux, Agen, Périgueux, ravage les territoires qu'il parcourt, et porte partout le fer, le feu et la terreur dans ses courses dévastatrices.

En 739 - Voici quelques règlements en vigueur à Bordeaux, installés par Charlemagne :

On ne doit prêter serment qu'à jeun ; les parjures ne peuvent plus être admis au serment.
L'évêque est exhorté à établir de petites écoles pour apprendre à lire aux enfants, et d'autres écoles supérieures, dans l'église cathédrale et les monastères, où l'on enseignera les psaumes, les notes, le chant, l'arithmétique et la grammaire.
Les moines et les clercs n'iront point aux plaids laïques.
Que les officiers de la justice jugent premièrement les causes des mineurs et des orphelins ; qu'ils ne fassent ni parties de chasse, ni banquets les jours des plaids.
Que les nonnains (nonnes) ne vivent pas sans règles; que les abbesses et les nonnains ne sortent pas de leur monastère sans l'ordre de l'évêque ; qu'elles n'écrivent ni fassent écrire des lettres d'amour.
Que tous viennent à l'église les dimanches et fêtes, et » qu'on n'engage pas les prêtres à célébrer la messe dans les maisons particulières. Cette restriction était pour les riches, qui s'affranchissaient de leur évêque par le moyen d'un chapelain.
Le péché d'ivrognerie est expressément défendu à tous. Que l'évêque, abbé ou abbesses n'aient ni couples de chiens, ni faucons, ni éperviers, ni jongleurs.
Les pauvres ne doivent point gîter aux places ni carrefours, mais se faire inscrire aux églises.
Les lépreux doivent être sequestrés du reste du peuple.
Diverses superstitions sont défendues, entre autres le baptême des cloches.

Ces sages règlements furent exécutés à Bordeaux, avec une rigueur étonnante, par l'evêque de cette ville, Sichaire, favori du jeune empereur ; ils sont en substance dans les Capitulaires de ce grand prince et de son fils. En voici encore un petit extrait :

Si un comte ne rend pas justice dans son comté, les missi dominici, ou commissaires des princes, s'installeront dans ses logis jusqu'à ce que justice ait été rendue.
Pour un premier vol, on perdra un oeil ; pour un second, le nez; pour un troisième, la vie.
Le droit d'asile ne doit pas profiter aux homicides et autres coupables, qui doivent mourir selon les lois ; s'ils se réfugient dans une église, on ne leur donnera pas à manger, pour les obliger à sortir.
Le parjure est condamné à perdre la vie, si son crime est prouvé par l'épreuve de la croix (*).

(*) Les deux parties ou leurs représentants devaient se tenir les bras en croix devant une croix ; la partie qui la première se mettait à trembler, laissait tomber les bras ou s’effondrait, se révélait coupable.
Cette épreuve était prescrite notamment dans divers cas relevant du droit du mariage, ainsi qu’en matière de parjure, de vol, etc.. ; on y avait recours dans des conflits relatifs à la propriété immobilière. Elle était considérée favorablement par Charlemagne. Faisant, comme le duel judiciaire, intervenir les deux parties, elle avait l’avantage d’être moins brutale que celui-ci.


Les esclaves doivent être vendus en présence de l'évêque ou du comte, de l'archidiacre ou du centenier, du vicaire de l'évêque ou du vicaire du comte, ou, au moins, de personnes notables. Nul ne vendra d'esclaves hors des marchés du royaume, à peine de payer l'amende ou de devenir esclave lui-même, s'il ne peut pas payer.


En 842 - Bordeaux , qui depuis l'empereur Auguste avait été de la dépendance de l'Aquitaine, est incorporée au duché de Gascogne par Charles-le-Chauve.

844 et 848, les normands à l'embouchure de la Gironde, remontèrent le fleuve en ravageant les deux rives, attaquèrent Bordeaux, pillèrent et brûlèrent les faubourgs ; mais repoussés par les milices de la ville, ils se retirèrent sur leur flottille. Au moment de remettre en mer, une violente tempête les repoussa avec la marée ; et s'abandonnant aux flots et au vent, ils remontèrent plus haut ; et, de là, se répandant dans les campagnes environnantes, ils brûlèrent Bazas, à peine sortie de ses cendres après les ravages d'Abdérame, dévastèrent le pays, renversèrent les églises, les monuments et les maisons des riches comme les chaumières des pauvres, et firent de tout le pays un vaste théâtre de carnage et de désolation. La Réole, Condom, Lectoure et plusieurs autres villes, éprouvèrent le même sort. Ils osèrent même pénétrer dans les terres, égorgeant les habitants, incendiant les bourgs, pillant les maisons et les églises, et arrivèrent enfin, à travers un fleuve de sang et des scènes d'horreur, à Dax, où Totilon avait préparé une inutile résistance. Les habitants furent massacrés, la ville livrée aux flammes, et les magnifiques Thermes que les Romains y avaient construits, renversés de fond en comble. Bayonne, Oloron, Benearnum et beaucoup d'autres villes et villages, furent entièrement détruits.

Les invasions normandes détruisirent les monuments : mais elles désagrégèrent aussi la société politique. La langue elle-même perdait son unité. Le latin classique devint le patrimoine de quelques lettrés et des gens d'église. Le latin populaire donna naissance dans chaque province, dans chaque cité, presque dans chaque pays, à un dialecte indépendant. La Gascogne eut sa langue particulière, dont le bordelais fut un idiome. C'est ainsi que disparurent les derniers vestiges de la civilisation antique : l'unité de l'État, la langue latine, la belle ordonnance des Gaules, ces basiliques chrétiennes qui étaient filles des temples païens, et jusqu'au souvenir même des choses et des hommes du passé. Les invasions normandes avaient achevé de faire table rase dans la vieille Gaule : le terrain pouvait recevoir les assises d'une société nouvelle.

En 877 - Charles le Chauve ratifia, par l'édit de Quercy, la succession héréditaire dans les fiefs. Les droits s'étant ainsi immobilisés, il fallait faire de nouvelles et nécessaires distinctions dans les noms. Jusque-là on employait, sous l'influence du clergé, les noms des saints du pays ou de l'étranger, usage salutaire pour la moralisation du peuple, en offrant à chacun des exemples à suivre, des vertus à pratiquer, de grands traits de désintéressement, de sacrifice, d'abnégation, à imiter, dans la personne du patron canonisé dont on portait le nom ; mais comme ces noms se multipliaient trop, il fallait une distinction pour se mettre à l'abri de la confusion et suivre la marche progressive de la population. On adopta pour les familles aristocratiques les noms de leurs terres, les noms de ces grands fiefs, qui relevaient de la couronne; et quant aux feudataires, moindres ou moins distingués, on leur donnait quelque nom relatif à des accidents physiques, topographiques, réels ou fictifs, tels que Roux, Blanc, Du Prat, De La Vigne, De La Salle, De La Roche La Campagne, La Ville, etc., etc. Enfin, on commença à distinguer les nobles des ingénus.

En 880 - Les Normands reviennent visiter nos côtes ; mais trouvant encore le pays dévasté, sans habitants, sans culture, et Bordeaux à peine sorti de ses ruines, ils se partagèrent en deux bandes, dont l'une remonta la Dordogne, et l'autre pénétra dans la Gascogne, sous la conduite du farouche roi de la mer, Régnauld, qui alla assister, joyeux spectateur, aux ravages des belles plaines de la Gascogne, et se reposa à Casseneuil, dans la même chambre où Charlemagne, assis entre le savant Alcuin et la belle Gisla, dictait ses volontés à Éginhard, ou des ordres au monde; il n'y laissa debout qu'une tour et les murs de deux églises en briques.

En 911 - Charles-le-Simple ayant fait un traité de paix avec le chef des pirates normands , pour qu'ils cessent leurs incursions en France, ces barbares abandonnent Bordeaux. Cette ville se repeuple. On la rebâtit sur le plan qui avait été suivi pendant qu'elle resta sous la domination romaine. Dans les Xe et XIe siècles, les ducs d'Aquitaine et de Gascogne dotent Bordeaux de plusieurs établissemens publics. Le dernier de ces ducs fut Guillaume IX (le Troubadour). Ce prince ayant pris parti pour Anaclet II , qui disputait la tiare à Innocent II, saint Bernard le reprit durement de ce qu'il s'était trompé sur le choix d'un pape et exigea qu'il allât en pélerinage à Compostelle pour se faire absoudre de cette méprise. Guillaume mourut dans ce pélerinage , laissant deux filles.

En 994 - Le peuple était très-misérable sur la fin du Xe siècle: une épidémie épouvantable décimait alors les peuples d'Aquitaine. " C'était un feu secret qui desséchait et séparait du corps les membres auxquels il s'attachait. Une nuit suffisait à ce mal effrayant pour dévorer ses victimes. On l'appelait le feu de saint Antoine ou le mal des ardents.
Les princes et seigneurs en furent si épouvantés, qu'ils firent un pacte entre eux pour mener une vie plus morale, afin de détourner la colère du ciel.

Le duc de Guienne n'avait pas de résidence convenable ; il existait bien un ancien édifice près du Peugue, dont on attribuait la fondation au redoutable Euric, mais qui menaçait ruines. En 918, il jeta les fondements d'un palais qui, dans les anciens titres, s'appelle Castellum Umbrarioe château de l'Ombrière ; il servait de demeure aux ducs, aux rois d'Angleterre, et plus tard aux sénéchaux. Ce vieux château était environné de fossés et flanqué de deux tours: l'une au midi, qui s'appelait plus tard la Tour du Roi, parce que les appartements du roi s'y trouvaient; l'autre au nord, dite Tour d'Arbalesteyre parce qu'il s'y trouvait une caserne pour les soldats, qu'on armait alors d'arbalètes.

La place du Palais occupe une partie du local où était situé le palais ducal ; depuis le château jusqu'à la porte qui existe encore, s'étendait le jardin des souverains de la Guienne. Six rangées d'ormes fournissaient de belles allées ombragées depuis la façade jusqu'à la rivière ; ces énormes ormes, plantés en lignes parallèles, formaient de délicieuses promenades à l'ombre, et de là vient le nom de l'Ombrière. L'édifice était une construction massive et lourde, de forme carrée. Au bas du château était une prairie, au boutde laquelle se trouvaient une espèce de rotonde en marbre rose des Pyrénées, entourée de lauriers, une pelouse nue et le rempart qui ne servait qu'à clore les dépendances du château. Le Peugue arrosait ces beaux jardins, et non loin de là se trouvait l'antique fontaine de la rue Poitevine, qu'on a longtemps considérée comme la Divona des Romains.

Aliénor d'Aquitaine

Aliénor d'Aquitaine est la fille aînée de Guillaume X, duc d’Aquitaine, lui-même fils de Guillaume IX le Troubadour, et d’Aénor de Châtellerault, fille d'Aymeric Ier de Châtellerault, un des seigneurs vassaux de Guillaume X. Elle épouse Louis-le-Jeune, fils du roi de France, qui devint roi la même année sous le nom de Louis le Jeune, fils aîné du roi de France Louis VI le gros, que son père avait depuis deux ans associé à la couronne.

Le mariage fut célébré, en 1137, à Saint-André par l'archevêque de Bordeaux.

Palais de l'Ombrière Restitution du palais de l’Ombrière dans « Bordeaux au temps des cathédrales »
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Crédits et Aquarelle de Jean-Claude Golvin pour L’Express - 2012

Ce château sera à compter de 1154 où Bordeaux devient anglaise, la résidence des rois d'Angleterre et leurs représentants.

Le 1er août 1136, mort de Louis VI le Gros ; elle avait été précédée de quelque temps de celle de Guillaume, qui fut enterré devant l'autel de Saint-Jacques, à Compostelle.

le Vendredi-Saint, 9 avril 1137. Éléonore monta donc sur le trône de France, riche, jeune, gaie, spirituelle et jolie; c'était tout ce qu'il fallait pour faire des heureux ; c'était trop pour le bonheur de Louis (Louis VII) et de la France. Sa dot se composait du Poitou, du Bordelais, de la Saintonge et de la Gascogne ; en un mot, de toute cette belle partie de la Gaule maritime qui s'étend de la Basse-Loire jusqu'aux Pyrénées.

Ce mariage ne fut pas heureux ; la lune de miel suffit bien et au-delà pour mesurer toute l'étendue de leur bonheur conjugal. Éléonore avait été élevée à la cour la plus galante de l'Europe ; la vie tranquille, pieuse et sédentaire de son époux, convenait peu à ses goûts et à ses habitudes ; elle se lamentait, et disait tout haut, sans se gêner: « J'ai cru épouser un roi, et l'on ne m'a donné qu'un moine. »

En 1152 - Aliénor divorça d'avec Louis VII, au concile de Beaugency : les caractères des deux époux étaient devenus par trop incompatibles. six semaines après son divorce, n'ayant alors que vingt-six ans, elle épousait a Poitiers Henri Plantagenet, duc de Normandie et d'Anjou. Henri, l'année suivante, était roi d'Angleterre. Bordeaux et l'Angleterre dépendent désormais d'un même souverain. Cette union allait durer exactement trois siècles.

C'est alors que commença l'usage d'employer le mot Guienne pour désigner les deux duchés d'Aquitaine. Ce nouveau mot n'est que la corruption d'Aquitaine : au lieu de dire l'Aquitaine, les Anglais disaient La Quitaine, qu'on changea insensiblement en Guienne.

Aliénor d'Aquitaie et Henri II de Plantagenet


La prospérité du pays s'accroît successivement sous ses nouveaux souverains. Ils y établissent une forme d'administration qui y ramène l'ordre et la tranquillité qu'on n'y connasssait pas depuis plusieurs siècles. Au milieu d'une guerre presque continuelle, les arts voient ranimer leur flambeau.
Bordeaux, reprend insensiblement la place que lui assigne sa position. Son commerce fleurit par l'effet d'une ordonnance importante sur la police de la navigation, que les rois d'Angleterre publièrent pour être observée dans les ports qu'ils possédaient sur le golfe de Gascogne et sur les rivières qui y confluaient. Cette ordonnance est depuis devenue célèbre sous le titre de Rooles ou Jugemens d'OIéron, quelquefois aussi de Lois de Leyron, suivant la prononciation des provinces méridionales de la France, ainsi que l'époque de sa rédaction sont discutées. Certains y voient la transposition du droit maritime de Wisby, datant du Moyen Age. D'autres croient y rerouver la transposition des Jugemens de Damme empruntés à la Flandre.

Rôles d'Oléron - voir l'article complet sur Wikipedia

La reine Aliénor et son fils Richard Cœur de Lion en avaient pris les dispositions dans les règlements en usage dans la marine, qu'ils avaient vu pratiquer en Orient pendant qu'ils y avaient séjourné.

Le juriste Jean Marie Pardessus qui analyse longuement la question de l'origine des rôles d'Oleron, en conclut que si Aliénor n'en est sans doute pas l'auteur, ils sont cependant bien français d'origine, importés en Angleterre en français, alors langue de la cour et de la législation de ce pays. L'Espagne les a aussi adoptés et traduit en castillan. Ils apparaissent en Flandre sous le nom de Jugements de Damme, ou Lois de Westcapelle. Aux confins de la Baltique, ils finissent par être intégrés à la compilation qui porte le nom de Wisbi.

Car, il fut un temps où les habitants des côtes de la Gascogne, de l'Aunis et de la Saintonge, croyaient que les débris des vaisseaux naufragés leur appartenaient ; le droit de bris, ou d'épave, était donc longtemps en vigueur sur les rivages de l'Océan ; on l'appelait aussi le droit d'aubaine. Il a fallu bien du temps pour convaincre les propriétaires riverains de la mer que ces épaves n'étaient pas un produit de leur sol. Les Jugements de la Mer ne contribuèrent pas peu à détruire cet usage barbare, et devinrent la règle générale des décisions à donner sur les matières maritimes. « Le bris, et tout ce qui d'iceux (vaisseaux naufragés) pouvait être sauvé, par la loi du pays était confisqué au prince, dit Belleforêt ; et d'un pareil droit jouit le sire de Pons, en l'île de Marennes. »

« Il adviendrait qu'aucunes fois, dit Éléonore, dans les Rôles d'Oléron, il y a des gens inhumains, plus cruels et plus filous que des chiens et des loups enragés, lesquels meurtrissent et tuent les pauvres patients pour avoir leur argent, leurs vêtements et leurs biens. Icelle manière de gens doit prendre le seigneur du lieu, et en faire justice et punition, et doivent être mis en la mer, et plongés tant qu'ils soient à demi morts, et puis les retirer dehors, et les lapider, et les assommer comme on fait aux loups et chiens enragés.»

Mais prévoyant le cas où le seigneur lui-même serait reconnu comme le vrai meurtrier et pillard, Éléonore ordonne :

« qu'il soit pris et tous ses biens confisqués en oeuvres pitoyables, et doit être lié à une étape, au milieu de sa maison, et puis on doit mettre le feu aux quatre corniers (coins) de sa maison, et faire tout brûler, et les pierres de murailles jetées par terre ; et là, faire place publique et marché pour vendre les pourceaux publiquement. »

Outre les généreux efforts de cette princesse, il a fallu bien du temps avant de pouvoir déraciner un usage barbare, que l'égoïsme avait établi et fait consacrer par des siècles. Grâces à sa généreuse initiative, l'infâme droit d'aubaine, ou d'épave, fut enfin aboli, et le peuple apprit à respecter les malheureux naufragés et les débris de leur propriété.

Le 19 septembre 1154 - Henry II, couronné roi d'Angleterre.

1173 - Le roi d'Angleterre établit à Bordeaux un corps municipal, à l'instar de la mairie de Londres. Ce corps a subsisté jusqu'en 1790, sous le nom de Jurade.

En 1189 - L'enceinte de Bordeaux est augmentée au delà du Peugue depuis la Porte-Basse jusqu'au bout méridional des fossés des Tanneurs, d'où elle se prolongeait le long des fossés de Ville et de Bourgogne jusqu'à la porte de la Rousselle. Cette ligne fut entourée d'un mur de clôture bordé d'un large et profond fossé, qui a retenu ce nom depuis qu'il a été comblé. Les murs de la primitive enceinte de cette ville, telle que l'avaient tracée les Romains, étaient bordés par les fossés du Chapeau-Bouge et de l'Intendance au nord, et au sud par le ruisseau du Peugue qui était alors totalement découvert jusqu'à son embouchure dans la Garonne. Ces murs s'étendaient du côté du couchant depuis les cloîtres de l'église de Saint-André jusqu'à la rue du Canon, où ils se terminaient à une vieille tour qu'on y voit encore, et du côté du levant depuis le coin des rues Renière et de la Rousselle jusqu'au fond de l'impasse Douhet.
Son fils Richard, surnommé Cœur-de-Lion, lui succéda et fut le douzième duc de Guyenne.

En 1200, le duché de Guyenne rentre, par confiscation, sous la domination des rois de France.

Plan de Bordeaux en 1225 Plan de Bordeaux en 1225
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Sources BNF Gallica


Eléonor fût emprisonnée durant seize ans, aprés s'être rendue à Woodstock-House, où elle pénètre jusqu'à Rosemonde, la maitresse de son mari, le poignard dans une main, la coupe fatale dans l'autre, et force l'infortunée victime de sa haine, pleurant à genoux et lui demandant les mains jointes un pardon qu'on ne voulait pas lui accorder, d'avaler le breuvage mortel, et de rendre dans des tortures inexprimables le dernier soupir.

le 30 mars 1204, âgée de quatre-vingt-deux ans, Eléonor meurt. Son corps fut enterré à Fontévrault.

En 1255, Louis IX, autrement Saint Louis, le rend par un traité à Henri IV, roi d'Angleterre.

En 1293, Arnoul, connétable de France sous Philippe-le-Bel, reprit Bordeaux, que ce roi céda de nouveau à Edouard par traité en 1308.

La ville, après avoir été assiégée infructueusement par les Français en 1339, fut enfin soustraite à la domination anglaise par le comte de Dunois, qui en prit possession, le 21 Juin 1451, au nom du roi de France Charles VII.

Le 20 mai 1303 et Bordeaux, qui avait été soustrait à son roi par la rouerie de deux femmes, instruments de la politique de Philippe, fut rendu aux Anglais. La remise en fût faite par les commissaires de ce monarque, dans l'église de Saint-Émilion, entre les mains du comte de Lincoln, en présence des personnages nobles et non nobles du pays. Ce traité fut confirmé, en 1307, par l'hommage que le prince Edouard fit entre les mains de Philippe, pour l'investiture du gouvernement de la Guienne, après la mort de son père.

Le 23 Octobre 1452, les Anglais, sous la conduite de Talbot, rentrèrent dans Bordeaux par la trahison du seigneur de Lesparre.

Le 13 juillet 1455, Charles VII défait, les Anglais à la bataille de Castillon, où périt Talhot.
La retraite des Anglais fut suivie de celle d'un grand nombre d'hommes que des liaisons d'affaires, d'opinion, et de famille, leur avaient attachés.
Bordeaux perdit alors un quart de ses habitants. Louis XI s'occupa des moyens de réparer cette perte en publiant un édit en 1474, par lequel il réintégra dans ses anciens privilèges Bordeaux et accorda diverses faveurs aux étrangers qui viendraient s'y établir. Cet édit produisit son effet, et cette ville se repeupla insensiblement.

En 1462, le château de l'Ombrière appartenait à M. de Grammont, qui jouissait, au port de l'Ombrière, de droits considérables, tels que la grande coutume, jaugeage, tonnage, etc.., qui montaient à près de 400 liv. ; mais en 1466, le roi fit acheter le château pour y installer le Parlement. Un incendie très-violent consuma une partie de l'édifice, le 11 janvier 1597 ; on augmenta alors la bâtisse pour les divers besoins du Parlement, sur un plan comparativement moderne. On y établit la Table de Marbre, chambre spéciale, instituée pour juger, en souverain, les délits commis sur les rivières et dans les forêts du même ressort ; on y voyait la Cour sénéchale l'Amirauté de Guienne, et, en 1792 , on y installa, le 15 février, le tribunal civil de la Gironde. Ce vaste bâtiment renfermait encore l'hôtel de la bourse, le bureau des finances, les chambres de commerce, la juridiction consulaire et l'hôtel de la monnaie.

Bordeaux au XVIe siècle

Jusqu'à 1520, il n'y a à remarquer dans l'histoire de Bordeaux que l'augmentation progressive de la prospérité du pays. Grâce à la protection éclairée de Louis XII, l'agriculture faisait des progrès et la fertile province de Guienne produisit, en 1516, un tiers de plus qu'auparavant.

Vers cette époque, la réforme religieuse, déjà favorablement accueillie en Allemagne et en Angleterre, fut reçue avec enthousiasme par les populations du midi de la France et surtout par la Guienne, qui avait devancé Luther et Calvin de trois siècles; le pape n'avait ramené ce pays au catholicisme qu'en organisant des croisades et en multipliant les bûchers. Mais le peuple commençait à comprendre que la liberté religieuse était intimement liée à la liberté politique et sociale. Calvin visita la Guienne en 1531, ralluma le zèle des prédicants et développa les germes de la réforme.

Henri II (l'époux de Catherine de Médîcis), souhaita le rétablissement de la Gabelle : La gabelle est une taxe royale sur le sel ayant existé en France au Moyen Âge et à l'époque moderne. C'était alors l'une des aides ou taxes indirectes. Les gabelous se chargeaient de l'impôt sur la récolte du sel (la gabelle).

Par l’édit de Châtellerault de 1541, la gabelle est étendue à l’Angoumois et à la Saintonge (par volonté de centralisation royale). L’achat dans les greniers de sel est obligatoire (sel taxé). Des officiers de la gabelle sont chargés de réprimer les échanges illicites de sel. Or ces provinces sont des régions de marais salants où le sel s'échangeait librement. La contrebande (faux-saunage) s’installe rapidement, surtout depuis les révoltes de Marennes et de La Rochelle, de 1542, la répression effectuée par les chevaucheurs du sel est mal supportée par la population.

En 1548, des émeutes éclatent en Angoumois et en Saintonge pour faire libérer des contrebandiers (faux-sauniers). L’insurrection dite « des Pitauds » se répand, et compte jusqu'à 20 000 hommes, conduits par un seigneur et rejoints par des prêtres. Des châteaux sont pillés et des gabelleurs sont tués. Bordeaux est contaminé par la révolte où 20 officiers gabelleurs sont tués, ainsi que le lieutenant du gouverneur, le 21 août 1548.

Le roi Henri II bloque Bordeaux et commence la répression. Bordeaux perd ses privilèges. Elle est désarmée, verse une amende, voit son parlement suspendu, 1 401 personnes sont condamnées à mort. La répression s’effectue ensuite dans la campagne où l’on pend les meneurs : ni les prêtres, ni les gentilhommes ne sont épargnés.

Le 28 août 1548, les habitants de Bordeaux, ardemment attachés à leurs privilèges, auxquels ce nouvel impôt portait atteinte, prirent les armes, s'emparèrent de l'hotel-de-ville, mirent en fuite plusieurs magistrats, et massacrèrent le lieutenant du gouverneur Tristan de Mommeins, ainsi que quelques commis de la gabelle; mais bientôt les séditieux furent battus ou pris et les plus coupables punis du dernier supplice.

Henri II, qui commençait à régner, crut devoir punir d'une manière exemplaire tous les habitants de Bordeaux. Il envoya dans cette ville, à la tète d'une forte armée, le connétable Anne de Montmorency, assisté des ducs de Guise et d'Aumale, qui, bien que la ville n'opposât aucune résistance, fit pointer le canon sur les murs et y entra comme dans une ville prise d'assaut, une contribulion de 200,000 livres fut imposée aux habitants, qui furent en outre obligés de livrer leurs armes ; les cloches furent détruites ; les privilèges de la cité abolis, le parlement suspendu pour 1 an. Toutefois, celle punition ne parut pas encore suffisante au duc de Montmorency ; il avait amené avec lui des juges qui, après avoir fait le procès à la ville, condamnèrent, de dix en dix maisons, un Bordelais à être pendu et la plupart des officiers municipaux à être supliciés sur la place publique. Au total 1401 personnes sont condamnées à mort.

L'année suivante (1549), Henri II accueillit les plaintes de ses sujets, réduisit l'impôt et rendit à Bordeaux une partie de ses priviléges, mais en payant au roi 400,000 fr. pour être exempt de la gabelle.

Plan de Bordeaux en 1550 Plan de Bordeaux en 1550
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Sources BNF Gallica


Malgré les édits et les supplices, le nombre des protestants augmentait tous les jours en Guienne; en 1560 on en comptait plus de sept mille à Bordeaux. Enhardis par leur nombre, ils essayèrent quelquefois de résister aux persécutions des catholiques, et ils adressèrent au roi des pétitions en faveur de la liberté religieuse. Mais l'animosité augmentant de part et d'autre, les deux partis religieux finirent par se faire la guerre.

En 1565, Charles IX se rendit à Bordeaux et tint un lit de justice dans le but de calmer les dissensions religieuses. Mais aussitôt qu'il fut parti, les religionnaires reprirent les armes. Après de longues luttes qui ensanglantèrent toute la France et surtout la Guienne, on résolut d'étouffer le protestantisme par un massacre général. C'est le 3 octobre 1572, qu'eurent lieu à Bordeaux les horreurs de cette terrible journée, connue sous le nom de la Saint-Barthélémy; le meurtre se propagea en Guienne comme une trainée de poudre qu'on enflamme. Toute la province se révolta et la guerre se prolongea avec acharnement entre les deux partis.

Durant cette longue guerre civile et religieuse, les divers châteaux-forts des environs de Bordeaux furent pris et repris plusieurs fois par les partis ennemis. Mais ces faits isolés offrent trop peu d'intérêt aujourd'hui pour mériter une mention particulière. Ces troubles durèrent jusqu'au 14 mai 1576, date de la pacification.

Après avoir été si longtemps la proie de dissensions intestines, Bordeaux allait enfin jouir des fruits d'une tranquillité relative, lorsqu'une nouvelle calamité, la peste, vint fondre sur ses malheureux habitants (1585). Les efforts philanthropiques du cardinal de Sourdis contribuèrent à adoucir un peu les effets de ce terrible fléau; mais à peine la maladie eut-elle cessé en partie ses ravages, que le pays fut dévasté par des paysans insurgés, appelés les Croquants

On appelle jacqueries des croquants diverses révoltes populaires du Sud-Ouest de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les principales causes de ces révoltes ont été d'ordre fiscal.
Le peuple désignait la noblesse par le nom de « croquants », disant qu'ils ne demandaient qu'à croquer le peuple. La noblesse retourna ce sobriquet sur le peuple mutiné, à qui le nom de croquants resta. Mais croquant est un terme injurieux et ils préfèrent s’appeler entre eux les tard-avisés ou les chasse-voleurs selon les régions.

D'autres historiens expliquent que le bourg de « crocq », dans la Creuse, fut le berceau de l'insurrection paysanne à partir de 1592, le gentilé « croquants » devenant nom générique de tous les insurgés.

Puis par la fameuse ligue catholique (1594). Ces troubles furent momentanément apaisés par la conduite judicieuse d'Henri IV, qui promulgua l'édit de Nantes, en 1598.

Bordeaux au XVIIe siècle

La sagesse de l'administration de Louis XIII se révèle dans les progrès remarquables que fit l'industrie en Guienne et dans la prospérité commerciale à laquelle atteignit Bordeaux (1604).

La guerre religieuse était à peine terminée, qu'un nouvel impôt, établi sur le vin, fit éclater une révolte générale à Bordeaux et dans tout le Midi. Cette insurrection fut réprimée avec une rigueur si excessive, par le duc d'Épernon , qu'il n'y eut qu'un cri d'indignation et contre le despotisme sanguinaire du ministre, le cardinal Richelieu et contre la cruauté de ses agents (1641). « Les sommes monstrueuses de deniers, » levées par Richelieu et Mazarin, furent si oppressives aux Bordelais, qu'ils se révoltèrent encore plusieurs fois contre leur gouverneur, le duc d'Épernon (1651). Deux ans plus tard, on convint d'une trêve et une amnistie fut accordée à la ville.

Louis XIII, qui succéda à Henri, fit, le le 29 novembre 1615, une entrée solennelle à Bordeaux, où il épousa l'infante d'Espagne. Il essaya plusieurs fois de calmer l'esprit des sectes qui,dans la province, divisait si profondément les deux partis religieux ; mais tous ses efforts furent vains: dès qu'il n'était plus là, le pays reprenait les armes. Ces tristes dissensions continuèrent jusqu'à la chute de La Rochelle, en 1629.

Les grandes guerres que la France eut à supporter de 1665 à 1678, avaient tellement appauvri le trésor, malgré l'administration judicieuse de Colbert, que l'on fut obligé de lever de nouveaux impôts. A l'instant même toute la Guienne se révolte : les paysans massacrent les percepteurs, pillent les châteaux, pendent les seigneurs. Bordeaux, qui avait pris part à cette révolte, est puni par l'exil de son parlement à Condom.

Dans le but de ramener les dissidents à l'église de Rome, Louis XIV révoqua l'édit de Nantes. Les réformés essayèrent de fuir; mais l'émigration fut défendue sous peine des galères. Les calvinistes envoyèrent des pétitions au roi pour qu'il leur fût permis, ou de servir Dieu selon leur conscience, ou de chercher un asile dans les pays étrangers; pour toute réponse, on envoya un régiment de dragons qui commit des actes d'une cruauté atroce. Ce fut en vain que la peine de mort fut prononcée contre ceux qui favorisaient l'émigration; des milliers de familles, tant nobles que roturières , quittèrent la Guienne, l'Agenais et le Périgord, et se réfugièrent en pays étrangers (1684).

Plan de Bordeaux en 1690 Plan de Bordeaux en 1690
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Sources BNF Gallica

Bordeaux au XVIIIe siècle

En 1707, un impôt qu'on établit sur les naissances, les mariages et les morts, suscita beaucoup d'émeutes dans la province ; les paysans obligèrent leurs nobles à se mettre à leur tète. Enfin, la persécution des jansénistes par les jésuites occasionna de nouveaux troubles en Guienne, comme ailleurs et fut un des derniers actes de Louis XIV, qui mourut en 1715.

Les annales de Bordeaux n'offrent que très-peu de faits intéressants sous le règne de Louis XV. Elles nous montrent, cependant, que le projet financier de Law :

John_Law-Casimir_Balthazar.webpLe système de Law, imaginé par l'Écossais John Law en développant l'utilisation de papier-monnaie plutôt que d'espèces métalliques et afin de faciliter le commerce et l'investissement, a été mis en place en France, sous la régence de Philippe d'Orléans, de 1716 à 1720, dans le but de liquider la dette laissée par Louis XIV.

Créée par Law, la Banque générale — société par actions — va jusqu'à absorber l'activité coloniale française de sa société sœur, la Compagnie perpétuelle des Indes. À l'origine des premières grandes émissions de titres boursiers, le système de Law est une étape incontournable de l'histoire des bourses de valeurs.

La spéculation qui se joue sur les actions des différentes sociétés de Law va finalement en ruiner le système, lorsque le cours retombe aussi vite qu'il n'était monté, suite à un mouvement de panique. Quand les actionnaires et porteurs de billets, à partir de juillet 1720, demandent subitement à récupérer leur or, les richesses coloniales ne sont pas encore arrivées et le numéraire fait défaut : le système doit alors admettre sa banqueroute.


Ce système causa la ruine de plusieurs familles bordelaises, en 1720 et que le prix élevé du blé, dont certains spéculateurs avaient fait un monopole honteux, donna lieu à des émeutes sérieuses en 1745. Enfin, l'année 1764 fut témoin de la chute des jésuites, ordre si puissant qu'il paraissait être indestructible.

Les dernières années de ce règne furent signalées par des troubles qui eurent lieu dans diverses provinces et particulièrement dans la Guienne. Le monopole du blé était encore porté à l'excès et le peuple mourait de faim ; mais la conduite généreuse de quelques négociants, qui achetèrent du blé et le revendirent au-dessous du prix d'achat, parvint à rétablir l'ordre (1773).

Bordeaux d'aprés le plan de Lattre en 1733 Bordeaux d'aprés le plan de Lattre en 1733
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Sous le règne de Louis XV, le commerce de Bordeaux, malgré, les guerres et les impôts, n'avait pas cessé de prospérer. La politique de Colbert, les sages prises par ce grand ministre pour encourager la marine, favoriser les expéditions lointaines et donner à la France de riches colonies, avaient porté leur fruit. Les armateurs bordelais allaient répandre sur tous les points du globe les produits de leur région, viandes salées, eaux-de-vie, farines, et surtout les excellents vins de leur sol. Ils allaient en Amérique les échanger contre des denrées dont la consommation augmentait sans cesse en Europe, le sucre, le café,le cacao, les épices. La pêche de la morue fournissait un aliment à notre marine; elle allait dans l'Inde chercher le coton et l'indigo; et même, chose triste à dire, de 1716 à 1720, Bordeaux fut un des quatre ports qui eurent le monopole de la traite des noirs et de la poudre d'or sur les côtes d'Afrique. Ce privilège passa ensuite à la Compagnie des Indes, qui, de 1719 à 1758, posséda le monopole du commerce avec le Sénégal. Elle avait Lorient pour port d'armement.

Les Parlements, simples Cours de justice à l'origine, avaient acquis une grande importance politique. Véritables représentants de la bourgeoisie, de ses idées et de ses passions, ils avaient souvent tenu la royauté en échec. Trois ans avant la mort de Louis XV, le chancelier Maupeou avait voulu briser cette puissance, et il avait remplacé les Parlements par des tribunaux qui n'avaient pas les mêmes privilèges, par de simples corps judiciaires. A Bordeaux, le 3 août 1771, le duc de Richelieu s'était rendu au Palais de Justice, pour y promulguer cette réforme.

En 1755 Tourny chargea Lattré de graver, avec tous les embellissements qu'il y avait mis ou qu'il voulait y mettre, le plan de sa ville de Bordeaux. Gravé avec privilège du roi. Il est aux Archives municipales de Bordeaux. Il comporte, en plus du plan de la ville, la représentation des principaux édifices et de tous les embellissements que Bordeaux doit à Tourny.

Bordeaux d'aprés le plan de Lattre en 1755 Plan de la ville avec les principaux édifices et les embellissements que Bordeaux doit à Tourny
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Sources BNF Gallica


Louis XVI, en arrivant sur le trône, voulant fortifier l'ordre social et donner satisfaction à l'opinion publique, rappela les parlements : celui de Bordeaux fut installé en 1775; mais les maux sociaux étaient trop profonds pour qu'un remède aussi superficiel pût les guérir. Dans la Guienne, tous les esprits étaient préparés pour la révolution qui s'approchait. La résistance des parlements aux mesures du ministère, en 1787 et 1788, fut applaudie avec enthousiasme et quand le parlement de Bordeaux fut suspendu et exilé à Libourne, pour son opposition aux volontés royales, les citoyens des villes et des campagnes manifestèrent leur douleur par un deuil général.

Les États-Généraux s'assemblèrent en 1789, et le Tiers-État, qui jusqu'alors n'était rien, commença à être tout. Le courage de l'Assemblée, ses périls, les complots de la cour, amenèrent le 14 Juillet et la prise de la Bastille. Cette nouvelle fut accueillie avec joie à Bordeaux et dans toute la province. A l'exemple de Paris, le peuple se forma partout en compagnies de garde nationale et comme il lui manquait des fusils pour compléter son armement, il se porta en foule à la forteresse du Château Trompette, qui renfermait un dépôt d'armes et de munitions. Le gouverneur, soit par crainte, soit par patriotisme, fit un bon accueil aux assaillants et livra les clés de l'arsenal au conseil des quatre-vingt-dix électeurs communaux.

Bordeaux et la révolution

Le 17 juillet 1789 on reçut à Bordeaux la nouvelle de la prise de la Bastille. Dès le lendemain les habitants arborèrent la cocarde nationale par un mouvement spontané, en signe d'adhésion à la révolution qui venait de s'opérer à Paris dans l'intérêt de la France entière. Trois jours après ils se réunirent au nombre d'au moins trente mille dans le Jardin Public, pour délibérer sur le parti qu'il convenait de prendre dans les circonstances actuelles, afin de veiller au maintien de la tranquillité générale.

On ne trouve dans l'histoire de Bordeaux aucune époque où le peuple abandonné à lui-même ait déployé autant de prudence et de générosité que dans cette journée. Ailleurs il se livra à des actes de violence contre la classe des privilégiés : ici il se montra vigilant, calme et juste. L'assemblée fut nombreuse sans confusion et seulement agitée par les sentiments d'un patriotisme réfléchi. Tous les intérêts se taisaient devant celui du bien public. Une échelle de jardinier qui se trouva au milieu de cette vaste promenade servit de tribune aux orateurs qui se firent entendre dans cette réunion populaire. Tous s'accordèrent à exhorter leurs concitoyens à s'armer promptement pour assurer le triomphe de publique en veillant à la sûreté particulière. Les allocutions se multipliaient; on applaudissait à chacune d'elles, parce que toutes respiraient l'amour de la patrie; mais dans aucune on ne précisait suffisamment les mesures à mettre en œuvre pour organiser l'armement général des citoyens, qui était l'objet des propositions principales. Un dernier orateur arrive à l'indication de ces mesures en prenant pour texte de son discours un à-propos de circonstance.

Depuis quelques jours la jeunesse de la ville avait demandé au théâtre la représentation du drame de Guillaume Tell. Les acteurs ne s'empressaient pas d'apprendre une pièce qui était tombée depuis dix ans. L'orateur expose que, quoiqu'elle respirât le plus ardent patriotisme, cette pièce ne convenait pas à nos mœurs, attendu qu'elle peignait celles des Suisses du quatorzième siècle; que d'ailleurs certains passages où il y avait beaucoup d'exaltation pourraient être mal interprétés dans les circonstances actuelles, qui demandaient du calme et de l'union; qu'il importait à la tranquillité publique que la représentation de Guillaume Tell fut ajournée à un temps plus opportun et qu'en ce moment il fallait se borner à imiter ce généreux patriote dans son amour pour la liberté, en s'occupant à déjouer les complots de la malveillance, sous le patronage des hommes sages qui avaient choisi les députés de cette ville à l'assemblée nationale. Pour arriver à ce but, l'orateur proposa d'activer l'armement que l'on demandait, en désignant par acclamation deux commissaires de chaque paroisse qui se rendraient immédiatement auprès des électeurs des communes, afin de les inviter au nom du bien public à diriger l'élan patriotique des habitants, et à rédiger un règlement d'après lequel ils s'enrégimenteraient dès le lendemain.

Bordeaux qui, jusqu'alors, avait agi spontanément, suivit presque toujours, à partir de 1789, l'impulsion de Paris. Jusqu'au mois de mai 1793, il obéit implicitement à tous les ordres émanés de ce centre politique; mais à cette époque le parti des Girondins, composé de Vergniaud, Guadet, Gensonné, Grangeneuve, Ducos, Fonfrède et autres députés de la Gironde, essaya de résister aux Jacobins et aux Montagnards.

Vingt-deux d'abord et plus tard soixante-treize des Girondins, furent proscrits par les Jacobins. Quelques uns s'échappèrent, d'autres furent arrêtés et dans la suite décapités. Bordeaux entra alors dans la fédération formée par certains départements contre la Convention.

Cet essai d'émancipation n'eut pas de succès. La Convention envoya son proconsul, Tallien, avec mission de faire-exécuter son décret de mise hors la loi contre ceux qui avaient adhéré à la ligue et de réduire le ville par la force ou par la famine.

Jean-Lambert_Tallien.webp Jean-Lambert Tallien, né le 23 janvier 1767 à Paris où il est mort le 16 novembre 1820, est un révolutionnaire et journaliste français.

Le 23 septembre 1793, il est envoyé en mission à Bordeaux avec Ysabeau, pour réprimer les mouvements fédéralistes.
Il crée une commission militaire qui ordonne l'arrestation de près de cinq mille personnes et prononce environ trois cents condamnations à mort.

Parmi les victimes on compte l'ancien maire François-Armand de Saige et le député girondin en fuite Jean Birotteau.
Tallien taxe également les fortunes des riches et distribue des terres aux sans-culottes. Enfin il débaptise le département de la Gironde pour lui donner le nom de Bec-d'Amb
Sin_foto.webpClaude-Alexandre Ysabeau, né le 23 janvier 1767 à Paris où il est mort le 16 novembre 1820, est un révolutionnaire et journaliste français.

Il est élu député à la Convention par le département d'Indre-et-Loire. Il vote la mort de Louis XVI. Envoyé en mission, il organise l'armée des Pyrénées-Orientales, puis réprime avec Jean-Lambert Tallien la révolte fédéraliste de Bordeaux (300 condamnations à mort environ).

C'est lui qui, le 9 Thermidor (27 juillet 1794), lance à Robespierre la célèbre apostrophe : «Oui, tyran, tu es le plus scélérat des hommes, l'heure de ton trépas a sonné !...»".

Membre du Comité de sûreté générale en mars 1795, il est élu au Conseil des Anciens en octobre 1795. Sous le Consulat et l'Empire, il devient inspecteur des services postaux.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Lacombe.webpJean-Baptiste-Marie Lacombe, instituteur et magistrat occasionnel, né à Toulouse le 14 février 1760, guillotiné 14 aout 1794 à Bordeaux, est connu comme le président de la Commission militaire révolutionnaire de Bordeaux sous la Terreur.

Il se marie le 28 janvier 1784, à 24 ans, avec Jeanne Lagarde, fille d'une famille paysanne de Blagnac, avec laquelle il aura quatre enfants.

Lors de la Révolution, il se signale par ses sentiments patriotiques, adhère à des clubs révolutionnaires (Café national, devenu Club national, dont il devient président en 1791), s'inscrit à la Loge maçonnique du Saint-Esprit et rejoint le Club des Amis de la Constitution en avril 17911. Il est exclu de ce club favorable au Girondins en février 1793. Il fonde une nouvelle pension nommée « École Nationale », s'inspirant des principes révolutionnaires et s'établit pour quelques mois, à Sainte-Foy-La -Grande, en mars 1793. Revenu à Bordeaux à l'automne 1793, au moment où les Girondins pourchassés se réfugient à Saint-Emilion (septembre 1793). Considéré comme un jacobin convaincu, il rencontre Tallien et est nommé, le 21 octobre 1793, président de la Commission militaire de Bordeaux.

Pour la totalité de sa période d'activité, du 23 octobre 1793 au 31 juillet 1794, la commission militaire de Bordeaux, durant 157 séances sur 282 jours, fait comparaitre 898 prévenus, prononce 376 acquittements et 302 condamnations à mort. Elle distribue en outre des amendes, pour un total de 6.940.300 livres, dont l'utilisation n'est pas clairement identifiée.


Ysabeau, Baudot, Chaudron-Rousseau et leur secrétaire Peyrend d'Herval, un moine défroqué désignèrent pour le jour où ils viendraient rétablir à Bordeaux la tranquillité et l'abondance dont ils se proclamaient les dispensateurs. Leur entrée dans cette ville fut loin d'avoir l'aspect paisible qu'on attendait. Ils étaient escortés d'une force armée d'environ trois mille hommes (*) en cavalerie et infanterie, que précédaient deux pièces de canon.

(*) La municipalité avait invité les habitants à fournir un égal nombre de lits garnis, lesquels furent portés dans les anciens couvents des Ursulines, de Notre-Dame, et des Carmélites, et dans les petit et grand séminaires. On n'a jamais remis ces effets à ceux qui croyaient simplement les prêter.

Ayant imaginé qu'ils produiraient un effet théâtral en passant par une ouverture qui se trouvait au mur de ville, près la porte Sainte-Eulalie, où ils étaient attendus, ils ne manquèrent pas d'écrire à la convention nationale qu'ils s'étaient introduits à Bordeaux par la brèche. Ce fut une petite singerie de l'entrée que le connétable de Montmorency fit en 1548 dans cette ville, où sa mission de commissaire du gouvernement fut aussi cruellement remarquable.

Le 30 vendémiaire an II (21 octobre 1793), Tallien et ses collègues écrivaient à la Convention :

« Le désarmement s'exécute aujourd'hui et donnera des armes superbes en grande quantité à nos chers sans-culottes. Il y a des fusils garnis en or. L'or ira à la monnaie, les fusils aux volontaires, et les fédéralistes à la guillotine par jugement de la commission militaire que nous avons instituée... Les bons citoyens, fâchés d'être confondus sous le nom de girondins, nous ont priés de changer le nom de ce département en celui de Bec d'Ambès »

Ce même 21, la Commission militaire fut nommée. Elle se composait de Lacombe, instituteur à Sainte-Foy, président; Parmentier, comédien; Marguerié, marchand à La Réole; Gautier-Giffey, greffier; Jean Rey, capitaine de chasseurs; Jacques Morel, doreur, et Barsac, commis.

Ces hommes étaient chargés de décimer Bordeaux; on les surnomma les Sept péchés capitaux.

Le 29 brumaire 19 novembre 1793), Tallien el Ysabeau écrivaient aux Jacobins de Paris :

« Nous nous attachons à faire tomber les têtes des meneurs, des conspirateurs en chef; à saigner fortement la bourse des riches égoïstes »...

Ces intentions furent scrupuleusement suivies par la commission de Bordeaux.

Afin que le département fût plus complétement régénéré, comme on disait en ce temps-là, on changea sa dénomination en celle de département du Bec d'Ambès. Les Montagnards voulaient faire oublier jusqu'au souvenir de la Gironde, dont le nom leur rappelait celui des adversaires qu'ils avaient redoutés, et qu'ils poursuivaient de toute leur haine. On mit même en question si l'on n'imposerait pas à Bordeaux le nom de « Commune-Francklin », en mémoire de la section ainsi appelée, qui venait de sauver cette ville, comme le proclamaient les puissants du jour.

Le 10 décembre, les représentants firent répéter à Bordeaux une solennité révolutionnaire qu'on avait déjà exécutée dans d'autres villes, sous le nom de « La fête de la raison » :

Fête_de_l'Etre_suprême.webpDepuis 1790, un culte civique s'était peu à peu esquissé au fil des grandes fêtes, telle la fête de la Fédération le 14 juillet 1790. Le culte de la Raison est un des caprices de ce culte civique que les révolutionnaires ont tenté d'établir d'une manière désordonnée jusqu'à la création du culte de l'Être suprême par Robespierre.

Le 10 août 1793, la fête de l'Unité et de l'Indivisibilité fut la première fête purement laïque. Vers le même moment s'affirmait une véritable dévotion populaire pour les martyrs de la liberté, Lepeletier, Chalier et surtout Marat.

L'essor du culte de la Raison est lié à la déchristianisation, opérée d'abord en province par les initiatives de représentants en mission à l'automne 1793. À Paris, la Convention adoptait le 5 octobre 1793 le calendrier républicain, dont le but était bien de supprimer les superstitions ; il s'agissait, comme le disait le rapporteur, de fonder « sur les débris des superstitions détrônées la seule religion universelle, qui n'a ni secrets ni mystères, dont le seul dogme est l'égalité, dont nos lois sont les orateurs, dont les magistrats sont les pontifes ».

Jean DÉRENS, « CULTE DE LA RAISON », Encyclopædia Universalis

Elle se composait de la réunion processionnelle des nouveaux fonctionnaires publics, qui, tous coiffés d'un bonnet rouge, marchaient à la suite d'une troupe de bateleurs, lesquels étaient vêtus en rois, grands seigneurs, fonctionnaires de tout rang, et gens de robe ou d'église, dans leurs costumes d'étiquette. A la tête de la mascarade était une comédienne figurant la déesse de la Raison, traînant à la suite de son char les diverses décorations en usage sous l'ancien régime. Le cortège, après avoir fait le tour de la ville au bruit des chansons analogues à la cérémonie , se rendit dans l'église de Saint-Dominique, à laquelle on avait imposé le nom de temple de la Raison. Il entra pompeusement dans ce local, sauf les personnages représentant le pape, les grands seigneurs, les gens de robe, prêtres, rabbins, moines et religieuses, à qui la déesse fit fermer la porte du temple. Elle ne fut ouverte qu'après qu'un arlequin leur eut adressé une mercuriale bouffonne sur l'inutilité de leurs professions et qu'ils eurent déclaré ne vouloir suivre désormais que le culte de la Raison, en se dépouillant de leur ancien costume. Ces dépouilles furent amoncelées sur un bûcher auquel la déesse mit le feu en chantant un hymne à l'égalité.

L'assemblée législative avait décrété que les municipalités feraient planter devant la maison commune un arbre qu'on appelait l'arbre de la liberté. Les sections de Bordeaux demandèrent qu'il leur fût permis d'avoir un pareil arbre dans leur territoire respectif, ce qui fut autorisé par les représentants, qui décidèrent que chaque section planterait, à tour de rôle, son arbre, mais que la priorité de cette plantation appartiendrait à la section Francklin, comme étant la plus éminente en civisme , et qu'ils honoreraient de leur présence la cérémonie. L'arbre de cette section fut planté en grande pompe au centre de la place Dauphine, lieu destiné aux exécutions qu'ordonnait la commission militaire (crée par Tallien et présidée par Jean-Baptiste-Marie Lacombe, instituteur né à Toulouse, avant d'être guillotiné en 1794), qui ordonne l'arrestation de près de cinq mille personnes et prononce environ trois cents condamnations à mort.
Tallien, qui présidait à la fête, y prononça un discours, dans lequel, parmi les phrases les plus horriblement emphatiques, on remarqua celle-ci : « Afin que l'arbre de la liberté jette de profondes racines, il faut que le pied en soit arrosé par le sang des fédéralistes et des aristocrates ».

La terreur était à l'ordre du jour. Les prisons se remplirent de riches négociants, rançonnés ou détenus selon le caprice et la cupidité de leurs juges.
l'ancien maire François-Armand de Saige, le député girondin en fuite Jean Birotteau et plusieurs citoyens périrent sur l'échafaud, érigé en permanence sur la place Dauphine.

Tallien rencontre à Bordeaux Thérésa Cabarrus qui deviendra « Notre-Dame de Thermidor »

madame_tallien.webpNotre-Dame de Thermidor, Thérésa Cabarrus, aussi connue sous le nom de son second époux Madame Tallien, née le 31 juillet 1773, au palais de San Pedro à Carabanchel Alto, près de Madrid, et morte le 15 janvier 1835, au château de Chimay, dans la province de Hainaut, est une salonnière et personnalité de la Révolution française.

Partisane active des idées nouvelles, elle doit néanmoins se réfugier à Bordeaux dans la famille de son père et parmi ses amis Girondins. Comme eux, elle est arrêtée, mais est libérée par Tallien. Elle aide des centaines de prisonniers à échapper à la guillotine, d’où son surnom de « Notre-Dame de Bon Secours ».

À nouveau emprisonnée, Thérésa est en partie à l’origine du 9 Thermidor an II : son amant, Jean-Lambert Tallien, parce qu'elle lui écrit qu'elle est condamnée, se décide à participer au coup d'État qui mettra fin à la Terreur en provoquant chute de Robespierre. D’où son surnom de « Notre-Dame de Thermidor ». Elle se marie avec Tallien en 1794. Elle se sépare de lui en 1795.

Elle épouse le prince de Chimay (François Joseph de Riquet de Caraman) le 9 août 1805.


Quatre-vingt-treize vint. Des intérêts de famille appelèrent à cette époque la citoyenne Cabarrusà Bordeaux,Ce voyage devait décider de toute sa vie, et porter son nom jusqu'à la postérité. La Terreur pesait à cette époque sur la Gironde. Le conventionnel Tallien venait d'y apparaître armé du glaive de la Loi. L'ombre du Comité du Salut Public était derrière lui, et la guillotine exécutait les arrêts d'une justice prompte, inflexible, souveraine.

Un soir, tandis qu'il expédiait son courrier, un bruit d'émeute le fit se lever de sa table et courir au balcon. C'était la foule qui accompagnait de ses clameurs et de ses imprécations une jeune aristocrate menée vers la geôle. C'était la ci-devant comtesse de Cabarrus, saisie chez elle comme suspecte.

Une heure plus tard, sur un ordre de Tallien, elle était conduite dans son cabinet. La lueur des lampes éclairait vivement la figure du conventionnelserré dans son grand habit noir sévère où seule la cravate de mousseline mettait sa tache blanche, Thérésia, à son entrée, poussa un cri : elle venait de reconnaître en Tallien le prote d'imprimerie qui, jadis, apportait des épreuves à Rivarol dans le salon de Mme Vigée-Lebrun.

Les souvenirs d'autrefois furent l'entretien de ces premières heures, et comme Thérésia avait sa vie à sauver, et que d'autre part elle avait le coeur sensible à la beauté masculine, l'aube la trouva aux bras de Tallien. Cette liaison, dont il fut fier, fut affichée par le conventionnel, C'est alors qu'Omphale se promit de vaincre l'Hercule de la terreur girondine, Grâce à Thérésia,l'échafaud connut des jours de relâche,la moisson des têtes coupées diminua, la clémence régna dans Bordeaux. Sur la belle poitrine soulevée de Thérésia, Tallien oubliait la tâche que lui avait confiée le Comité de Salut-Public. L'amour lui fit dédaigner la politique.

Le 9 Thermidor (27 juillet 1794), qui vit la chute de Robespierre, vint renverser le pouvoir de ces fanatiques. Cette révolution, républicaine dans l'origine, prit bientôt une couleur royaliste dans le Midi; pendant plusieurs mois, des bandes armées parcoururent la Guienne, incendiant et assassinant sous prétexte de venger les excès de la Terreur.

Thérésia consentit à accepter le nom de Tallien, et le règne scandaleux de « Notre-Dame de Thermidor » commença. Ils habitaient, au delà des Champs-Elysées, sur l'emplacement actuel de l'avenue Montaigne, au milieu des champs, une manière de pavillon rustique appelé la Chaumière

Après le 9 thermidor, les Bordelais firent connaître à Garnier, représentant alors en mission, des agissements de Lacombe, président de la commission militaire. Garnier le fit arrêter, ainsi que sa femme et trois de ses complices, et chargea une commission de leur faire leur procès.

Le 27 thermidor (14 août 1794), Lacombe fut condamné à la peine de mort, comme exacteur, concussionnaire, prévaricateur, corrupteur des moeurs et de l'esprit public et comme tel traître à la patrie. Il était entré en composition avec des accusés et les avait acquittés moyennant finance. Dès le lendemain, Ysabeau fit enlever la guillotine de la place Dauphine.

La Terreur cessa à Bordeaux. Elle avait duré plus de neuf mois, du 23 octobre 1793 au 31 juillet 1794. La Commission militaire avait prononcé quatre cent quatre-vingt-cinq condamnations, dont trois cent une à mort, cent vingt-neuf à la détention et cinquante-cinq à l'amende. Le total des amendes s'était élevé à sept millions, dont un pour les sans-culottes, et un million trois cent vingt-cinq mille livres pour un hospice qui ne fut jamais construit. Trois cent soixante-treize accusés furent acquittés, en y comprenant pour cent soixante et onze le personnel des deux théâtres.

Le 2 novembre 1794 ; le nom de Gironde fut rendu au département.

La révolution du 18 Brumaire soumit la France, pendant quatorze ans, au despotisme de son grand général. Napoléon, imitant en ceci la politique de plusieurs de ses prédécesseurs, visita Bordeaux, en 1808, dans l'espoir de rallumer l'enthousiasme de la population; mais ses guerres ruineuses et surtout le blocus continental, avaient, malgré le prestige de la gloire, rendu sa domination insupportable à cette province, qui n'existait que par son commerce. Aussi, lorsque l'avant-garde de l'armée anglaise, sous les ordres du maréchal Beresford, se présenta, le 12 Mars 1814, devant les portes de Bordeaux, elle trouva les habitants assez disposés à accepter un changement qui leur promettait la tranquillité.

En 1784, Nicolas-Thomas Brémontier, avec le grade d'ingénieur en chef, il retourne à Bordeaux chargé de la province de Guyenne. Ce n'est que lors de ce deuxième séjour, en 1787, influencé par les travaux des captaux de Buch, après avoir pris connaissance des mémoires des frères Desbiey de 1774 et 1776 à l'Académie de Bordeaux et du mémoire de 1779 sur les résultats des essais réalisé par l'ingénieur du génie maritime le baron Charlevoix de Villiers, qu'il est convaincu de la possibilité de fixer les dunes.

En 1786, il reprend, dans un rapport adressé au contrôleur général des finances Calonne, l’idée de fixation des dunes, sans faire référence à ces précurseurs. Il obtint un crédit pour lancer des essais et choisit le site de La Teste de Buch où il rencontra Jean Baptiste Peyjehan jeune (1853-1803), qui avait déjà effectué de nombreux travaux pour le compte du Captal de Buch François de Ruat, et qui bénéficiait d’une parfaite connaissance locale. De son côté le Captal, qui souhaitait depuis longtemps fixer les dunes du Buch, accepta très volontiers que l’on tente l’expérience entre le Pilat et Arcachon, dès le printemps 1787. Les premiers semis du Moulleau protégés par des clayonnages parallèles utilisés par les Hollandais5, furent après l'hiver 1787-1788, un échec, ce qui conduisit Peyjehan à demander à Brémontier d'expérimenter la saison suivante de 1788-1789 la couverture de branchage qu'il tenait de Guillaume Desbiey6, ce qui fut un succès. Brémontier fera une communication de ce succès quelques années plus tard, le 16 avril 1798 (27 germinal an VI). La Révolution française vint perturber les expérimentations, qui continuèrent tant bien que mal jusqu’en 1791, grâce au zèle extraordinaire de Peyjehan qui avança bien souvent le salaire des ouvriers de sa poche.

Bordeaux l'époque Napoléonienne et la restauration

L'empereur Napoléon fit son entrée dans Bordeaux le 4 avril 1808, allant à Bayonne. Il se rendait à une entrevue que lui avait demandée la famille royale d'Espagne. Le dimanche, à huit heures du soir, arriva l’lmpératrice Joséphine

josephine.webpJoséphine de Beauharnais, née Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, le 23 juin 1763 aux Trois-Îlets en Martinique et morte le 29 mai 1814 au château de Malmaison à Rueil-Malmaison, est la première épouse de l’empereur Napoléon Ier de 1796 à 1809. À ce titre, elle est impératrice des Français de 1804 à 1809 et reine d'Italie de 1805 à 1809.

Joséphine est née dans une grande propriété de la Martinique d'une famille de Békés. Elle arrive en métropole après son mariage avec Alexandre de Beauharnais, figure de la Révolution française exécuté durant la Terreur ; durant cette période, Joséphine est emprisonnée plusieurs mois. Fréquentant les salons parisiens, elle rencontre le général Bonaparte avec qui elle se remarie. Ce second mariage lui permet de devenir impératrice, mais elle se heurte à l'hostilité de sa belle-famille et à son incapacité à donner un héritier. Napoléon divorce d'elle, et elle se retire dans son domaine de Malmaison. Malgré son mariage stérile avec Napoléon, Joséphine a une importante postérité grâce aux enfants de son premier lit. Elle est aussi restée dans l'histoire pour son intérêt pour la mode et la botanique.

Son séjour fut marqué par des fêtes publiques dans lesquelles la ville montra beaucoup d'enthousiasme et de magnificence. L'impératrice Joséphine accompagnait son époux dans ce voyage. Au retour de Leurs Majestés à Bordeaux, le 31 juillet suivant, de nouvelles fêtes les accueillirent. L'empereur ayant reconnu par lui-même les besoins qu'éprouvait cette ville, lui donna des marques de l'intérêt qu'il lui portait en décrétant la formation de plusieurs établissements dont elle manquait et des améliorations pour ceux qui subsistaient déjà dans ses murs. Nous nous bornerons à indiquer la partie des actes de la munificence impériale qui reçut son exécution dans le temps.

Par un décret du 24 avril 1808, l'ancien palais archiépiscopal , qui était alors l'hôtel de la préfecture, fut érigé en palais impérial. L'empereur, satisfait de la manière avec laquelle M. le comte Lafaurie de Montbadon , alors maire de Bordeaux, avait disposé les fêtes offertes par la ville, le nomma gouverneur de ce palais.

Un autre décret, rendu le lendemain, porte :

1° L'hôtel occupé par la municipalité est concédé à la ville à titre gratuit; il lui est fait remise des loyers échus dudit hôtel et dont le paiement serait arriéré;
2° La portion du couvent des orphélines, occupée par les sœurs de la Charité, leur est concédée à titre gratuit;
3° L'autre partie libre du même couvent est concédée au même titre à l'association des sœurs de Notre-Dame qui se livrent à l'éducation des filles indigentes;
4° L'établissement de la maison de la Miséricorde, fondé et dirigé par la demoiselle Lamouroux, dans l'ancien couvent de l'Annonciade, est approuvé. Cette demoiselle est dispensée du paiement de la somme de vingt-deux mille cinq cents francs qui lui restait à acquitter du prix de l'adjudication des bâtiments de ce couvent;
5° II sera fondé une maison de mendicité (*) pour tout le département;
6° Les maisons occupées par les curés de Saint-Louis et de Saint-Vincent de Paule, aux ci-devant couvents des Petits-Carmes des Chartrons et des Chartreux, sont concédées à la ville et affectées au logement desdits curés;
7° Le surplus des bâtiments de la Chartreuse, tombant en ruine, sera démoli, les matériaux vendus au profit du domaine et le terrain affecté à l'agrandissement du jardin de botanique du département;

(*) Cet édifice est actuellement occupé par l'école secondaire ecclésiastique. Il est construit de telle manière qu'il conviendrait mieux pour le dépôt de mendicité.

8° L'amphithéâtre de Saint-Côme est concédé à la ville pour être affecté à des cours de chirurgie;
9° Le manège est concédé à la ville, à la charge d'y faire donner gratuitement l'instruction à seize élèves du collége et à seize militaires qui seront désignés;
10° La construction d'un pont devant Bordeaux est ordonnée. Le gouvernement donne à cet effet quatre cent mille francs par an;
11° Le Château Trompette sera démoli; ses matériaux et terrains sont donnés à la ville.

Le même décret affecte le produit des ventes du château trompette :

1° A l'acquisition de l'hôtel Saige pour servir de préfecture;
2° Aux grosses réparations de la cathédrale et aux logements de l'archevêque et du séminaire diocésain;
3° A la construction de la maison de mendicité.

Un décret du 26 du même mois porte création d'une commission qui prêtera aux propriétaires de vignobles du département , jusqu'à concurrence de la moitié de la v aleur de leurs vins qu'ils donneront en nantissement, moyennant deux et demi pour cent pour l'intérêt annuel du prêt, et de deux pour cent pour droit de garde desdits vins.

Bordeaux XIXe siècle

Selon la majorité des historiens, qui placent le début de ce siècle après la défaite des armées napoléoniennes, en 1814

Note :
Le 6 avril 1814, l'Empereur signe son abdication inconditionnelle au château de Fontainebleau. Les coalisés (Angleterre, Autriche et la Russie) lui accorde la souveraineté de l'île d'Elbe ainsi qu'une rente annuelle de 2 millions. Le Sénat, qui a voté la déchéance de Napoléon Ier, adopte une nouvelle Constitution et proclame Louis XVIII « roi des Français ». Le 20 avril, l'empereur déchu fera ses adieux à la garde impériale et sera transféré vers son île-prison d'Elbe. Il réussira à s'en échapper le 26 février 1815.



Les Bourbons étaient à peine remontés sur le trône, que la révolution du 20 Mars 1815 ramena Napoléon à Paris. Le duc d'Angoulême, investi du commandement des provinces, au sud de la Loire, établit son quartier-général à Toulouse, laissant la duchesse à Bordeaux, dans l'espoir de conserver cette ville et d'y rallier l'armée espagnole. Cependant le général Clauzel s'avançait à marches forcées vers la capitale de la Guienne. La garde nationale, pour prouver sa fidélité à la duchesse d'Angoulême, sortit pour s'opposer aux troupes impériales ; mais toute résistance fut inutile et la duchesse, après avoir déployé un grand courage dans ces circonstances difficiles, quitta Bordeaux pour Pauillac, où elle s'embarqua sur la corvette anglaise, le « Wanderer », qui la porta à Saint—Sébastien, en Espagne.

M. Lynch s’embarque sur le navire marchand anglais, le William Sibbald, et arriva à Plymouth le 13 avril.

Le 18 juin 1815, défaite de Napoléon à Waterloo, contre les troupes prusso-britanniques des généraux Duc de Wellington et Blücher.

Le 12 juillet, les journaux de Paris apportèrent la nouvelle de l’arrivée du roi dans la capitale; Bordeaux répondit à cet événement par des cris de : Vive le roi! Des rassemblements se formèrent sur les places publiques; mais une seule chose semblait offusquer les regards de la population, c’était le drapeau tricolore flottant encore sur le Grand—Théâtre. Sur un ordre donné à M. Boisson, adjudant de place, par le général Pagot, on descendit le drapeau tricolore, qui fut à l’instant remplacé par le drapeau royaliste.

Duchesse_d'Angouleme.webpMarie-Thérèse Charlotte de France, est appelée « Madame » ou « Madame Royale », sa mère l’appelant toutefois par le surnom de « Mousseline la Sérieuse ». Elle est le premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette, né après plus de huit ans de mariage.

Grâce à l’entremise du tsar de Russie Paul Ier, Marie-Thérèse accepte finalement d'épouser à vingt ans l'héritier de la couronne de France déchue, un autre de ses cousins germains, Louis-Antoine d’Artois, fils aîné du futur Charles X et duc d’Angoulême.

Les Cent-Jours marquent à la fois l’apogée de l’image de la duchesse d’Angoulême et l’échec définitif du projet de Louis XVIII qui voulait rassembler les Français autour de sa nièce.

L’annonce du retour de Napoléon surprend Madame et son mari à Bordeaux, où ils célébraient l’anniversaire du passage de la ville aux Bourbons. Tandis que le roi s’est réfugié en terre étrangère, à Gand et que le duc d’Angoulême doit partir pour Toulouse, Madame Royale est chargée par le roi de défendre Bordeaux, ville qui lui est tout acquise, à l’exception notable de la garnison. À l’approche du général Clauzel, aux ordres de l’Empereur, et malgré le courage de la princesse qui vient haranguer seule les soldats, ces derniers trahissent la cause des Bourbons et passent à l’ennemi. La duchesse d’Angoulême est alors obligée de partir pour l’Angleterre où elle négocie l’achat d’armes pour la Vendée et s’efforce d’organiser les royalistes de l’ouest de la France, sollicitant jusqu'à l'Espagne à venir les soutenir.

Napoléon, admiratif, dit d’elle qu’elle était « le seul homme de la famille des Bourbons ».


Après la seconde restauration de Louis XVIII, le duc et la duchesse d'Angoulême vinrent rester quelques jours à Bordeaux, où ils furent encore reçus avec acclamations; mais bientôt le rétablissement des droits-réunis et d'autres mesures du gouvernement vinrent refroidir cet enthousiasme. Le commerce, qui avait souffert beaucoup sous l'Empire, languissait aussi vers la fin de la Restauration; aussi la Révolution de 1830 ne trouva pas une grande opposition dans la cité du Douze-Mars. Les Bordelais étaient en général favorablement disposés envers la dynastie que cette révolution plaça sur le trône et que celle de Février 1848 vient de chasser de la France.

Le 20 décembre 1815, en commença à démolir le château Trompette ou « Tropeyte » construit par Charles VII, pour contenir dans le devoir les turbulents Bordelais, et agrandi par Vauban, en 4670,

En 1785, le roi Louis XV, vendit le Château-Trompette et tout le terrain de son esplanade à une compagnie qui devait l'exploiter à son profit, d'après un plan donné par le célèbre architecte Louis (Victor Louis). Cette vente fut annulée deux ans après: on n'a jamais bien connu les conditions de cette vente, ni les motifs de sa résiliation.

En 1816, Louis XVIII renouvela le même don, mais à titre gratuit. La ville fut autorisée à vendre à son profit les matériaux du Château-Trompette et tous les terrains qui en dépendaient, pour en employer le prix au paiement de ses dettes, sous la seule condition de former des promenades, un quai, une place publique et des rues sur ceux de ces terrains dont la destination est spécialement indiquée.

Maîtresse du terrain du Château Trompette, l’administration le fit niveler peu à peu et au mois de janvier 1818, elle fit planter les allées latérales qui bordent les deux côtés de la place des Quinconces, sur une longueur de deux cent quatre-vingts mètres et sur une largeur de quatre-vingts; ces allées sont éclairées, la nuit, par seize candélabres de bronze. La terrasse paraissait nue; il fallait quelque construction qui pût en diversifier l’aspect et rompre agréablement une trop monotone uniformité.

On y fit ériger, en 1829, deux colonnes rostrales (Les romains appelaient colonnes rostrales celles qu'ils élevaient en mémoire d'une victoire qu'ils avaient remportée sur mer), d’une forme gracieuse, de vingt mètres d’élévation et surmontées de statues représentant le commerce et la navigation, oeuvres de « M. Manceau » , sur un plan fourni par M. Poitevin, architecte et de quatre reverbères qui servent de phares pour éclairer le port. Ces colonnes portent, sculptées sur leurs flancs, des proues de navires antiques.

Aux extrémités des allées latérales de cette place, on fit construire, en 1826, deux beaux établissements de bains qui réunissent toutes les commodités désirables et servent de décoration à cette portion du quai. Ces bains devaient remplacer deux autres établissements semblables, qui, d'après une délibération des jurats, du 20 août 1763, avaient été construits sous les noms de Bains du Chapeau-Rouge et de bains Orientaux:

Bains publics Les bains sur l'esplanade des Quinconces
Laclotte Architecte
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Sources BNF Gallica
Bains orientaux Les bains Orientaux
Bonfin Architecte
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Sources BNF Gallica


Un peu plus au nord et comme pour relier désormais à la ville ce grand quartier des Chartrons, qui en était, pour ainsi dire, séparé comme une ville distincte, on construisit, en 1824, l’Entrepôt réel des denrées coloniales :

L'Entrepôt réel des denrées coloniales L'Entrepôt réel des denrées coloniales
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Sources BNF Gallica


L'Entrepôt Lainé, vaste et singulier édifice, dont la forme extérieure, sans grâce, sans ornements architecturaux, n’a rien qui frappe le regard de l’observateur. L'Entrepôt réel des denrées coloniales permet à partir de 1824 d'accueillir et de stocker sous douane les marchandises (le sucre, le café, le cacao, le coton, les épices, les plantes tinctoriales, les oléagineux) produites par les planteurs aux colonies et réexportés vers l’Europe du Nord par les négociants bordelais. L'architecte fut Claude Deschamps, l'ingénieur du pont de Bordeaux et l'ingénieur Billaudel. Ce projet comprenait la construction d'une estacade avec débarcadère, pour que les navires décharge à quai en face de l'entrepôt. De cette façon, les marchandises seraient transportées plus aisément à terre, en évitant les frais du gabarrage (A cette époque, l'absence de quais verticaux obligeait les navires à mouiller loin des rives et les cargaisons étaient déposées dans des « gabarres » qui les menaient à terre).

Sa construction a été achevée en deux ans de travaux, l'entrepôt fut ouvert en novembre 1824.

Bordeaux (Divers)


L’hôpital de Saint-André, fondé en 1390, par le vénérable Vital-Carles, prêtre et grand chantre de l’église métropolitaine de Bordeaux, existe jusqu’en 1829, vis-à-vis la cathédrale, sur le bord méridional de la Devèze.

En 1538, Nicolas Boyer, chevalier, vicomte de Pomiers, consacra à son agrandissement la majeure partie de sa fortune.

1759, on ressentit à Bordeaux deux tremblements de terre. Le premier fut très-violent et causa de grands dégâts ; le second, moins fort, ne causa nul dommage : Le premier eut lieu le 10 août, à dix heures du soir ; il renversa la voûte de l'église des religieuses de Notre-Dame, beaucoup de cheminées, de vieilles murailles et des cloisons. Les habitants en furent si effrayés, qu'ils passèrent la nuit sur les places publiques ; mais c'est dans l'Entre-deux Mers que les effets en furent les plus effrayants.

En 1819, le duc de Richelieu affecta à sa reconstruction, sur le terrain donné par la ville, la récompense nationale que lui décerna la loi du 11 février 1819. La ville de Bordeaux pourvut au complément de la dépense.

La commission des hospices proposa la construction et la fit exécuter, étant en fonction, de 1820 à 1829. MM. J.V. Desfourniel, vice-président de la commission; A. Ravez, L. Fabre, P. Portal, A. Sarget, J.B. Loriague, D. Béchade, Duprat, Ate Journu, administrateurs; J.B. Pelauque, secrétaire; J. Peyre, directeur général, agent comptable;
Étant ministres de l’intérieur MM. vicomte Lainé, comte Siméon, comte Corbières, vicomte de Martignac; préfets, MM. comte de Tournon, comte de Breteuil, baron d’Haussez; maires, MM. vicomte de Gourgues, vicomte Duhamel; archevêques, Mgr d’Aviau du Bois-de-Sanzai, le cardinal de Cheverus.

Le terrain est celui où s’élevait la plate-forme de Sainte-Eulalie et où se réunissaient les frondeurs du temps de Condé, en 1651; on l’appelait l’ormée, à cause des ormeaux qui s’y trouvaient.

En 1826, la construction commença sur le plan et sous la direction de M. Burguet, architecte, couronné au concours; inspecteur des travaux, M. Rochet; entrepreneurs, MM. Gabaud et Lalanne; concurrents distingués par le jury du concours, MM. Marchebens, P oitevin et Robert.

En 1829, inauguration du nouvel hopital Saint-André.

Grâce à M. Balguerie-Stuttenberg et à quelques amis, on fonda, en 1819, la Banque de Bordeaux, établissement éminemment utile dans une ville de commerce; elle fut autorisée par une ordonnance royale du 23 novembre 1818, et ses bureaux furent ouverts le premier juillet 1819. A côté de cet utile établissement et sous sa direction, on organisa une caisse d’épargnes et de prévoyance, le taux de l'intérêt qui devrait être versé aux déposants durant le cours de l'année suivante; pour 1819, il était fixé à 5 %. Elle commença ses opérations le 4 juillet 1819.

Balguerie-Stuttenberg

Balguerie-Stuttenberg2.webpPierre Balguerie-Stuttenberg, né le 30 septembre 1778 à Aiguillon Lot-et-Garonne mort le 19 août 1825 à Bagnères-de-Bigorre, est un négociant et un armateur bordelais.

Pierre Balguerie rentre en 1798, comme apprenti, chez Biré et Verdonnet qui vendait des toiles à Bordeaux.

En 1805, il devient le directeur de la maison. En 1809, il épouse Sophie-Suzanne Stuttenberg (1791-1837), fille d'un négociant en vin. Au commerce de la toile et du vin, il ajoute l'armement de navires en créant une société d'armement sous l'Empire.


Liste des fondateurs de la Caisse d'épargne : Portal, Balguerie-Stuttenberg, Sarget, Chicou-Bourbon, Daniel Guestier, W. Johnston, Philippon, Foussat, Lopès-Dubec, Exshaw, Lawton.

Le duc de Richelieu, le préfet Tournon et le maire de Bordeaux de Gourgues prirent part à la rédaction de l'acte constitutif passé chez MMCS Maillères et Dechamps, notaires royaux.

Elle est située rue des Trois-Conils, au coin de la rue Vital-Caries (actuellement le musée Jean Moulin).

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Une Compagnie se forma pour l'établissement des bateaux à vapeur sur la Garonne, jusqu’à Langon. Le premier bateau, appelé « la Garonne », fut lancé le 3 août 1818; il réalisa des bénéfices énormes que le « Henri IV » vint partager l’année suivante. En 1821, on lança « le Français »; en 1822, « l’Estafette », et en 1823, « le Sully » et « la Confiance » vinrent lutter de vitesse avec les anciens et demander une part des bénéfices, qui allaient en augmentant, en facilitant de plus en plus le trajet de Bordeaux à Langon.

En 1826, les Réolais réunirent un certain nombre d’actionnaires et firent faire deux autres bateaux à vapeur, « le Réolais » et « le Lot-et-Garonne ». Cette concurrence provoqua la fusion des deux Compagnies, sous le nom de « la Compagnie Bordelaise ».

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Le 1er juin 1827, le Dépôt de mendicité, dans la rue Terre-Nègre, est en pleine activité et subsiste par les ressources de la charité publique. Il renferme plus de trois cents lits et l’on y reçoit tous les malheureux qui n’ont ni asile, ni moyens de subsistance.

En 1850. Rachat du clocher Pey-Berland, aliéné par la Révolution. C'est au cardinal Donnet qu'on est redevable de cette restauration.

En 1852. L'État a remplacé le télégraphe aérien par le télégraphe électrique, dont le réseau, créé par un décret impérial du 6 janvier, s'est si rapidement développé.

En 1858. Création du Jardin-Public actuel avec ses serres, sa rivière, son jardin botanique.

Les sources du Taillan, situées à 10,500 mètres de la place Dauphine, viennent alimenter Bordeaux. Les fontaines de Tourny, la gerbe des Quinconces, de nombreuses bornes-fontaines, les machines élévatoires de la rue Paulin et un vaste réseau souterrain de tuyaux sont établis sous la direction de MM. Mary et Devanne.

En 1863. Création du Parc-Bordelais, et de ses voies d'accès. A l'initiative de quelques habitants de Bordeaux, sur un domaine de 28 hectares de superficie, acheté 500,000 fr. Les fonds ont été réunis par souscription publique. Par décret impérial du 13 août 1864, une société anonyme a été constituée au capital de 550,000 fr., divisé en 5,500 actions de 100 fr. Une grande loterie au capital de un million de francs a été concédée à la société par S. M. l'Empereur Napoléon III. Les fonds provenant de cette loterie sont consacrés à la transformation du domaine en promenade publique et en Jardin d'acclimatation.

En attendant cette transformation, le domaine est ouvert au public tous les jours. Le prix d'entrée est de 25 cent. Les voitures sont admises au prix de 1 fr. Deux portes sont ouvertes: l'une sur le chemin de Saint-Médard, l'autre sur le petit chemin d'Eysines; les voitures entrent par cette dernière; les piétons, par l'une ou par l'autre.

Cette même année, les eaux de Budos sont amenées à Bordeaux par un canal de 41 kilomètres, et refoulées par les machines à vapeur de l'usine du Béquet.

En 1865. Reconstruction, de la flèche du clocher Saint-Michel, détruite par l'ouragan de 1768. Ce monument a aujourd'hui une hauteur de 110 mètres.

Clocher Saint-Michel détruit Clocher détruit par l'ouragan de 1768
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Sources BNF Gallica
Clocher Saint-Michel reconstruit Clocher reconstruit en 1868
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Sources BNF Gallica


Le 1er juin 1827, le Dépôt de mendicité, dans la rue Terre-Nègre, est en pleine activité et subsiste par les ressources de la charité publique. Il renferme plus de trois cents lits et l’on y reçoit tous les malheureux qui n’ont ni asile, ni moyens de subsistance.

En 1850. Rachat du clocher Pey-Berland, aliéné par la Révolution. C'est au cardinal Donnet qu'on est redevable de cette restauration.

En 1852. L'État a remplacé le télégraphe aérien par le télégraphe électrique, dont le réseau, créé par un décret impérial du 6 janvier, s'est si rapidement développé.

En 1858. Création du Jardin-Public actuel avec ses serres, sa rivière, son jardin botanique.

Les sources du Taillan, situées à 10,500 mètres de la place Dauphine, viennent alimenter Bordeaux. Les fontaines de Tourny, la gerbe des Quinconces, de nombreuses bornes-fontaines, les machines élévatoires de la rue Paulin et un vaste réseau souterrain de tuyaux sont établis sous la direction de MM. Mary et Devanne.

En 1863. Création du Parc-Bordelais, et de ses voies d'accès. A l'initiative de quelques habitants de Bordeaux, sur un domaine de 28 hectares de superficie, acheté 500,000 fr. Les fonds ont été réunis par souscription publique. Par décret impérial du 13 août 1864, une société anonyme a été constituée au capital de 550,000 fr., divisé en 5,500 actions de 100 fr. Une grande loterie au capital de un million de francs a été concédée à la société par S. M. l'Empereur Napoléon III. Les fonds provenant de cette loterie sont consacrés à la transformation du domaine en promenade publique et en Jardin d'acclimatation.

Loterie du parc bordelais Affiche loterie du parc bordelais
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Sources BNF Gallica



En attendant cette transformation, le domaine est ouvert au public tous les jours. Le prix d'entrée est de 25 cent. Les voitures sont admises au prix de 1 fr. Deux portes sont ouvertes: l'une sur le chemin de Saint-Médard, l'autre sur le petit chemin d'Eysines; les voitures entrent par cette dernière; les piétons, par l'une ou par l'autre.

Entrée du Parc Entrée du Parc Bordelais avenue Carnot
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Sources BNF Gallica
Une élégante Une élégante au Parc Bordelais 1912
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Sources BNF Gallica
Entrée du Parc Bordelais Entrée du Parc Bordelais côté rue du Parc
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Sources BNF Gallica
Enfants au Parc bordelais Enfants au Parc bordelais
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Sources BNF Gallica
Parc bordelais le lac Parc bordelais le lac
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Sources BNF Gallica
Parc bordelais un coin du parc Parc bordelais un coin du parc
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Sources BNF Gallica


Cette même année, les eaux de Budos sont amenées à Bordeaux par un canal de 41 kilomètres, et refoulées par les machines à vapeur de l'usine du Béquet.

Bordeaux est redevable de quelques-uns de ses monuments à la Restauration. Son beau Pont, projeté par l'empereur Napoléon ; son Hôpital, ses promenades et quelques autres embellissements, datent de cette époque. Le règne de Louis-Philippe fut également fertile en améliorations: le Palais de Justice, la nouvelle Prison, l'Établissement du Gaz, le nouveau système d'inscription et de numérotage des rues et d'autres bienfaits, fruits d'une longue paix , sont dus à la sagesse du dernier gouvernement.

Les Tremblements de terre

Les tremblements de terre étaient très rares dans nos contrées ; cependant on en sentit plusieurs dans le XVIIIème siècle. Il est certain qu'ils sont devenus bien plus fréquents qu'autrefois. Les divers tremblements de terre qui ont été ressentis dans ce pays :

Le 13 mai 1708, à cinq heures du matin, on ressentit, dans notre ville et aux environs, quelques secousses alarmantes, mais sans avoir à déplorer aucun accident fâcheux. Saint Grégoire de Tours parle d'une violente secousse qui eut lieu en 580, la ville faillit être anéantie ; les murailles furent ébranlées jusques dans leurs fondements ; le peuple, épouvanté, s'enfuit dans les campagnes; des flammes sortirent de la terre et consumèrent plusieurs villages. Delurbe parle d'un tremblement de terre qui eut lieu en 574 ; c'est probablement le même que celui de Saint Grégoire de Tours, qui, étant pour ainsi dire contemporain, était mieux renseigné et plus exact sous le rapport chronologique.

En 1372 et 1373, on ressentit de violentes secousses à Bordeaux et dans les environs. La commotion fut tellement forte et impressionna tellement les Bordelais, qu'ils crurent devoir en perpétuer le souvenir par cette inscription lapidaire qu'on voit au-dessous de l'orgue, dans l'église de Sainte Eulalie :

ANNO: D : M° : ccc : LXXII: QUE: LA : TERA : TREMBLET: LO : TERT : JORN: DE : MART : QUI : FO : LO : PRUMEY : JORN: DE : CAREME : EN : LA : HORA: DE : MEJA : NUIT. ITEM: TREMBLET : LA : TERA : LO : DIALVS : ABANT : SENT: URBAN: QUI: FO: LO : XXIII: JORN: DE : MAY : L'AN: DE : MESS: M° : ccc : LXXIII. : ITEM: L'AN: DE : MESS: M° : CCC: LXXV: BALE : 1 : BOYSSET : DE : FORMENT: XLI : E : AQUET : AN: RAMON: DEBU: AC : FI : FA : LO : PORTAU.

Traduction. — En l'an du Seigneur 1372, la terre trembla le troisième jour de mars, qui fut le premierjour de carême, à l'heure de minuit. De même, la terre trembla le lundi avant la saint Urbain, qui fut le vingt-troisième jour de mai, l'an du Messie 1373. De même, en l'an du Messie 1375, le boisseau de froment valait 10 livres ; et cette année, Raymond de Bu, architecte, fit faire le portail.

Le 2 février 1427, un effroyable tremblement de terre eut lieu à Bordeaux et renversa la voûte de la cathédrale, à l'endroit où sont les orgues.

Le 21 juin 1660, à quatre heures du matin, un tremblementde terre se fit sentir,par une secousse si forte, à Bordeaux et dans tout le pays, que quelques pierres se détachèrent du clocher de Saint-Michel ; les habitants, sentirent leurs lits se mouvoir, comme si on les avait secoués. L'ébranlement fut si violent à Saint-Michel, les fondements de cette église furent tellement éprouvés, que trente-trois ans après, le 17 juin 1693, une partie de la nef s'écroula. Toute la portion qui avoisine le chœur et qui aboutit au grand escalier, du côté de la porte de la Grave, tomba. Il était alors entre dix et onze heures du matin ; on y disait la messe, mais personne ne fut atteint. Louis XIV passait cette nuit à Captieux, près de Bazas ; la sentinelle qui veillait sous les fenêtres du roi, ne sachant pas ce que cela pouvait être, et craignant qu'on en voulût à la vie du roi, s'écria avec force: Aux armes! Le roi se leva, et, ayant appris la cause de l'alarme, il regagna paisiblement sa couche, sans crainte pour les conséquences que cet événement pouvait avoir.

Le 25 mai 1750, on sentit quelques oscillations à Bordeaux et partout, jusqu'aux Pyrénées.

En 1759, on ressentit à Bordeaux deux tremblements de terre. Le premier fut très-violent et causa de grands dégâts au château de Vayres ; le second, moins fort, ne causa nul dommage. Le premier eut lieu le 10 août, à dix heures du soir ; il renversa la voûte de l'église des religieuses de Notre-Dame, beaucoup de cheminées, de vieilles murailles et des cloisons. Les habitants en furent si effrayés, qu'ils passèrent la nuit sur les places publiques ; mais c'est dans l'Entre-deux Mers que les effets en furent les plus effrayants.
La seconde secousse eut lieu à six heures du soir ; on sentit une secousse à Bordeaux, mais bien légère; elle ne causa d'autre mal que celui de la peur.

Dans la nuit du 25 au 26 janvier 1852, un violent tremblement de terre se fit sentir à Bordeaux, à deux heures seize minutes, et dura de sept à huit secondes ; il fut précédé d'une sorte de détonnation, les deux oscillations, qui n'étaient séparées que d'un intervalle d'environ trois secondes, paraissaient aller du midi au nord. En plusieurs maisons, les tableaux appendus aux murailles, les balanciers des pendules furent fortement secoués, des meubles légers renversés, des verres, des objets de faïence ou de poterie brisés, les vitraux de Saint-Pierre et de Saint-André bien endommagés, les bâtiments dansèrent sur leurs amarres, le plafond de l'établissement des Sourds-Muets renversé, et plusieurs maisons de la rue des Noyers et sur le port horriblement maltraitées dans les murs et cloisons. Dans le poste de la garde municipale, les fusils s'agitèrent tellement dans le ratelier, que les municipaux se levèrent, croyant qu'on appelait le corps-degarde ; la diligence de Bordeaux à Toulouse fut si violemment ébranlée, que les chevaux effrayés s'emportèrent et la voiture fut renversée; des pins, dans les Landes, furent déracinés.

Le 20 juillet 1854, un affreux tremblement de terre se fit sentir par deux commotions ou oscillations.

Le 5 décembre 1855, un léger tremblement de terre se fit sentir à Bordeaux, vers sept heures moins un quart à peu près du soir.

Les Photos

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Plan de la ville de Bordeaux en 1550
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Projet de la nouvelle avenue du pont de Bordeaux (actuellement avenue Thiers)
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Colonnes rostrales de vingt mètres d’élévation et surmontées de statues représentant le commerce et la navigation, oeuvres de « M. Manceau »
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Contruction du quai vertical des chartrons
15 octobre 1864
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Bordeaux Place Richelieu

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Bordeaux vue du port

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Bordeaux allées de Tourny

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Bordeaux Porte Saint Julien
Actuellement Porte d'Aquitaine
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Bordeaux Porte des Salinières
Actuellement Porte de Bourgogne
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Bordeaux Porte du Palais
Actuellement porte Cailhau
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Bordeaux - Vue depuis Saint-André
Auteur inconnu
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